31.07.2007

Tour de France

Le Tour de France s'est donc achevé... J'aurais même tendance à dire qu'on l'a achevé avec tambours et trompettes. Inutile de reprendre ici ce qui a été dit et écrit mille fois ailleurs sur ses scandales liés au dopage et je laisse aux spécialistes de la petite reine le soin de disserter sans fin sur les raisons, les origines, les méfaits de celui-ci.

Ce qui a tout particulièrement retenu mon attention au cours des différentes étapes touche au traitement télévisuel. L'impression de dégoût fut si forte que je n'ai pu me retenir d'envoyer un courrier au Médiateur de France Télévision. On était samedi, veille de l'arrivée sur les Champs-Elysées et les cyclistes pédalaient en solitaire à 55 kms/heure, après trois semaines de cyclo-tourisme survitaminé.

Voici le courrier :

"Monsieur,

Je suis écoeuré par l'indécence répétée et têtue des divers commentateurs du Tour de France 2007 et qui ne font, à vrai dire, que reproduire encore et encore leurs actes des années précédentes.

Je fais allusion bien entendu à leur absence de sens critique véritable sur les ravages du dopage dans la course cycliste. Il est très pratique de se choisir un bouc émissaire (Rasmussen qui, par ailleurs, l'a bien cherché !) et de fermer les yeux sur les autres... Chaque personne qui suit de près le cyclisme SAIT qui est dopé ou, pour le moins, très fortement soupçonné de l'être.
Comment peut-on, Messieurs Holtz, Adam, Olivier, Jalabert, Fignon et consorts, faire comme "si" Vinokourov était par définition au-dessus des soupçons alors que tout indiquait le contraire ? Résonne encore à mes oreilles les pitoyables éloges de Gérard Holz ("quel courage ! quel battant !" etc.). Et après, ces mêmes personnes se déclarent "trahis" dans leur confiance ? Ce ne serait pas plutôt leur hypocrisie, leurs mensonges par omission et, car il faut appeler un chat un chat, leur participation consciente à l'omerta du peloton, qui serait "trahie" ?
Il en avait été de même avec notre champion "si populaire, si talentueux, si attachant", Richard Virenque.

On nous passe d'élégiaques rétrospectives de ces "champions de légende" qu'étaient Anquetil ou Merckx. Sans la moindre once de critique alors que chacun sait aujourd'hui que ces coureurs étaient dopés jusqu'aux yeux ! De qui se moque-t-on ?

La presse écrite a au moins l'honneur de ne pas se faire complice de cette désinformation (cf. divers articles parus ces jours dans Libération ou Le Monde).
Mais France-Télévision ne veut surtout pas cracher dans sa propre soupe mijotée depuis tant d'années ! Les intérêts financiers sont tellement grands, n'est-ce pas ? Il faut absolument coller à l'enthousiasme d'un Gérard Holtz ("Vive le sport !"), même au prix de collusion avec les tricheurs. Pendant des années, ces commentateurs nous ont vendu le génie de Lance Armstrong sans se poser la moindre question. L'an passée, Floyd Landis était encensé après sa résurrection miraculeuse dans les cols. Toujours pas la moindre interrogation....
Cette année même, alors que tout le monde sait que Rasmussen mais aussi Contador (qui dit lui-même que Manolo Saiz est "un second père" pour lui) et dont le nom apparait partout dans des documents compromettants, provoquent l'enthousiasme des reporters dans leurs différents mano à mano en haut des cols.

Pire encore : samedi 27, avant-dernière étape (je tape ce courrier en direct des propos que je vais retranscrire) : 15h35. Thierry Adam, pour sauver sans doute encore l'honneur de France-Télévision et "son" Tour de France, insiste sur l'inanité (le mot n'est pas prononcé) des rumeurs concernant le jeune Espagnol en se livrant à une incroyable désinformation. Il précise que "(leur) confrère Le Monde, toujours bien informé, précise que "le rapport d'enquête n'a pas révélé d'annotations mentionnant des produits dopants en face du nom d'Alberto Contador.". Oui, mais la phrase est totalement sortie de son contexte et d'un article qui, dans son ensemble, arrive à des conclusions totalement opposées et dont le titre ne laisse d'ailleurs guère de doute : "Probable vainqueur du Tour, Alberto Contador n'aurait pas dû y participer" / "Alberto Contador, maillot jaune miraculé de l'"opération Puerto".
Pour que les choses soient très claires, je reproduis en fin de ce courrier l'article du Monde dans son intégralité.

Je suis le Tour de France depuis plus de 40 ans. Depuis que j'ai compris, comme beaucoup, qu'il y avait des exploits impossibles à réaliser sans dopage puis que les faits et scandales divers l'aient prouvé, j'attends, année après année que France-Télévision, ses responsables, généraux et sportifs, et ses spécialistes cycliste, fassent leur vrai métier de journaliste et non pas de groupies de champions, venant pleurer après coup comme s'ils ne savaient pas auparavant.
Année après année, je suis déçu (mais pas surpris) et le sentiment de nausée est de plus en plus puissant.

Je vous prie, cher monsieur, d'agréer mes respecteuses salutations...."

(suivait la reproduction de l'article du Monde : ).

Ce n'est pas un Médiateur mais une Médiatrice qui me répondait dès le lundi après-midi (sincères bravos et merci) :

Cher Monsieur,

Nous avons bien reçu votre message dans lequel vous exprimez votre vive émotion concernant la retransmission de l’épreuve sportive du 94e Tour de France cycliste par les chaînes du groupe France Télévisions.

Fidèle téléspectateur de l'événement, vous regrettez les commentaires fournis par les journalistes concernant les ravages du dopage, les estimant exempts de sens critique, ce que vous attribuez à l'importance des intérêts financiers en jeu pour France Télévisions.

Je tiens à vous apporter quelques précisions.

Retransmettant l’événement aux côtés d’Amaury Sport Organisation (ASO) qui s’est confirmé un partenaire digne de confiance encore l’an passé en renvoyant 6 candidats du podium à leur domicile, le groupe France Télévisions (FTV) estime avant tout du devoir du service public de couvrir l’événement et ceci à bien des égards.

En effet, non seulement le Tour de France est une compétition sportive d’importance, mais il est aussi un « monument » du patrimoine culturel français au même titre que le Château de Versailles ou le défilé du 14 juillet, dont on ne peut priver les Français. Lors de ses retransmissions, FTV participe chaque année au lien social que le Tour permet de renforcer chaque été pendant les « grandes vacances », rassemblant des personnes de tous milieux sur le bord de la route.

Ainsi, FTV et ASO, qui assume ses responsabilités dans la lutte contre le dopage, collaborent en toute confiance, sur la même longueur d’onde afin que les efforts de tous soient récompensés et que cette institution sportive perdure.

Néanmoins, j'entends votre opinion et vous remercie d’avoir pris le temps de nous écrire pour nous en faire part.

La mission de la médiation nous porte à relayer le plus fidèlement possible les propos des téléspectateurs aux responsables des programmes, tant dans leur contenu que dans leur forme, aussi je transmets votre protestation à la direction des sports du groupe afin qu’elle en prenne toute la mesure.

Salutations attentives
Fabienne Abbou
Médiation des programmes
France Télévisions


Que répondre à une telle aimable et si gentille langue de bois ? Ceci :


Chère Madame,

Je vous remercie d'avoir bien voulu répondre à mon courrier.

Hélas, si vous le faites au niveau de la forme, il n'en va pas de même en ce qui concerne le fond de ma protestation, autrement dit des arguments que j'ai pu développer.

Vous "répondez" en effet totalement à côté, ignorant avec superbe les critiques que j'apporte sur les commentaires du personnel attaché à la retransmission du TdeF.

Je n'ai jamais remis en question la grandeur du TdF, son aspect "patrimoine" ou la nécessité de sa retransmission par le service publique de la télévision (auquel je suis particulièrement attaché dans son principe, mais avec un oeil de plus en plus critique). Je suis le TdF à la télévision depuis une quarantaine d'années, autrement dit depuis ma prime adolescence.

Je ne mets pas en doute le rejet par FTV ou ses représentants de toute idée de dopage dans le sport. Je constate simplement un manque total de prudence (j'emploie un euphémisme...) dans le traitement de l'événement qui fait qu'un "champion" est toujours couvert de dithyrambes alors que les soupçons pèsent déjà sur lui depuis longtemps (voir  le cas de Lance Armstrong ou de Marion Jones en athlétisme, par ex.). Autrement dit, on protège le spectacle et il sera toujours temps plus tard de déboulonner l'idole qu'on a contribué à construire.

M. Gérard Holtz a pris l'habitude en cette fin de TdF, d'asséner une phrase "méfiance", suivie aussitôt d'une "compliment enthousiaste" qui détruit la précédente. Cette réthorique (peu subtile et servant uniquement désormais à se couvrir) ne peut tromper personne. D'autant que cela ne s'accompagne jamais de la moindre auto-critique. Je l'ai entendu ces dernières 48h tenir les pires propos sur Vinokourov, accompagnant ses praroles d'un complaisant et auto-congratulant "le voilà rhabillé pour l'hiver". M. Holtz aurait mieux fait de "se" rhabiller pour l'hiver, en s'excusant auprès des spectateurs d'avoir porté aux nues ce cycliste quelques jours auparavant, sans le moindre discernement.

Je constate qu'il ne fait que reproduire les discours de M. Bilalian, technique qui déteint à son tour sur M. Thierry Adam qui, lui, remporte haut le maillot jaune de l'indécence sur ce tour.
Quant à utiliser d'anciens champions aussi sympathiques, certes, que M. Fignon, Jalabert ou (hier) Thévenet, je trouve celà quelque peu tendancieux. Comment croyez-vous donc qu'ils ont été champions ?
Si on veut jouer la carte de la "propreté (et je vous y encourage des deux mains car le sport en général et le cyclisme ici concerné en particulier, valent qu'on se batte pour les préserver), alors il faut jouer le jeu à fond.

Je vous remercie pour l'attention que vous aurez bien voulu, une fois de plus, accorder à mes propos."


Il ne me reste plus qu' encenser les vrais champions qui en suent grâce à leur grand-mère :


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