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31.07.2007

SARABAND : la dernière d'Ingmar

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Suède, 2003,
d'Ingmar Bergman, CL, 1H47
Scénario : Ingmar Bergman
Montage: Sylvia Ingemarsson
   
Avec:
Liv Ullmann,  Erland Josephson
Börje Ahlstedt, Julia Dufvenius

Vingt-deux ans après son "dernier film" présenté comme "film testament" (Fanny et Alexandre ), Ingmar Bergman revenait à la conquête du grand écran. Bien sûr, entre temps, celui qui fut élu Palme des Palmes à Cannes en 1997, sut manquer à sa parole et tourner une dizaine de films pour la télévision. D'ailleurs, SARABAND est-il un film tourné pour le grand ou le petit écran ? Limité pour sa sortie "salles" de par son format (DV Haute définition), il se retrouvait conjointement présent sur nos petites lucarnes.

Ce nouveau film devait s'avérer cette fois l'ultime puisque le du maître de Fårö vient de nous quitter à 89 ans.


SARABAND est une oeuvre magnifique, digne des meilleurs films de son auteur. S'il n'atteint peut-être pas l'ampleur de certains (Le Septième Sceau, Les Fraises Sauvages, Cris et Chuchotements, Fanny et Alexandre, Persona...), il les rejoint pourtant en profondeur. Et puisque cette sarabande sera la dernière danse à laquelle nous a invité à jamais Ingmar Bergman, alors reconnaissons-lui l'élégance de nous avoir laissés avec un chef d'oeuvre de plus, à l'instar d'un Ozu (Le Goût du Saké) ou d'un John Huston (Gens de Dublin) qui, eux aussi, tirèrent leur révérence en beauté et à l'inverse d'un Kubrick (Eyes Wide Shut), ratant complètement sa sortie ou d'un Dreyer endormant son spectateur avec Gertrud (je viens de me faire de nouveaux amis...)

De par sa forme, SARABAND relève du "film de chambre", autrement dit de ce croisement si cher à Bergman entre théâtre et cinéma, son épouse légitime et sa maîtresse comme il aimait à le rappeler et que le cadre télévisuel lui a si souvent permis de synthétiser.

86 ans au moment du tournage, Bergman ? Oui. Et par un non hasard, voici que c'est aussi l'âge de Johan (Erland Josephson) que vient retrouver au débotté son ancienne épouse Marianne (Liv Ullmann), 63 ans. Trente-deux ans qu'ils ne se sont pas vus, c'est à dire depuis leurs "Scènes de la vie conjugale" puisque c'est bien apparemment le même couple et les mêmes interprètes [Encore que... voir note (1)].

Tous deux vivent désormais seuls. Lui se heurte à son fils Henrik (Börje Ahlstedt), 61 ans, né d'un premier mariage. Henrik, veuf depuis deux ans d'Anna, couve et étouffe sa fille de 19 ans, Karin (Julia Dufvenius) dont il s'est institué le professeur de violoncelle, d'un amour parfois très ambiguë (le soupçon de l'inceste plane). Anna, la mère et épouse morte, dont on nous montre régulièrement le portrait noir et blanc (toujours le même et à un âge semblant se situer juste entre Karin et Henrik) est l'ombre portée sur le film et sur les différents protagonistes. Ou peut-être la lumière. Vénérée par tous (même par Marianne qui ne l'a pas connue), elle ressemble davantage à une sainte ou plutôt à une icône, qu'à un véritable être autrefois de chair et de sang. Elle est aussi celle dont Marianne va en quelque sorte se rapprocher le plus, petit à petit.

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Ceux et celles qui attendraient de Bergman un apaisement au soir de sa vie et de son oeuvre en sont pour leurs frais : SARABAND s'avère un film d'une noirceur terrible, d'un désespoir quasi total que, seules, quelques lueurs bien fragiles tentent de fendre.

Bergman s'était-il projeté dans le personnage de Johan ? Vraisemblablement ou au moins en partie. On a vu qu'il partageait le même âge mais aussi l'ex-femme puisque le cinéaste avait été marié à l'actrice Liv Ullmann, il y a... une trentaine d'années. La peur de la Mort (combien de ses films tournent autour de ce thème ?), cette angoisse qui lui sort de partout, même "du cul", cette "diarrhée mentale" dont Johan s'avoue la proie en fin de film avant de se mettre à nu (au propre comme au figuré), Bergman les partageait-t-il ? Il suffit de connaître ses oeuvres (cinématographiques mais aussi littéraires dont ses autobiographies) pour répondre "oui" sans hésitation. De plus, le cinéaste suédois ne s'était  jamais ménagé, pratiquant l'auto-flagellation et le mépris envers sa propre personne plus que de raison. Attention cependant à ne pas pousser la confusion trop loin et méfions-nous de l'effet amplificateur que l'aspect "testamentaire" de l'oeuvre imprime au film, y compris à ses dépens.

Johan nous est présenté comme un homme devenu profondément méprisant (Marianne n'en revient pas). Les mots qu'il emploie pour parler de son fils Henrik se révèlent d'une violence inouïe, son dégoût pour "l'amour gluant" que lui portait autrefois l'enfant Henrik, l'humiliation qu'il impose à son fils désormais sexagénaire ont eu pour conséquence d'avoir établi entre eux une relation bâtie toute entière sur la haine. Des relations conflictuelles entre parents et enfants, Bergman en avait déjà traitées par le passé (que l'on se souvienne seulement de "Sonate d'Automne" ou de A travers le miroir). Mais sans doute jamais avec un tel degré dans la haine avouée. Jamais n'avait-il décrit avec autant de lucidité un tel point de non-retour. Car entre Johan et Henrik, pas l'ombre d'un sentiment positif même frustré comme on pouvait en deviner entre les soeurs du Silence ou de Cris et chuchotements. Ici, rien que de la haine à l'état brut.

Johan paraît souvent monstrueux dans son mépris et son cynisme. Il n'en sera que plus émouvant à l'heure de la crise existentielle, cette angoisse évoquée plus haut et où, face à la Mort qui approche, Johan tombe enfin masque et costume et se révèle tel qu'il est : un vieillard nu.

Entre eux, deux femmes. Anna la morte et Karin la vivante. Le père et le fils ressemblent souvent à deux galants rivaux. Anna leur a échappé à tous deux via la maladie, leur laissant une cicatrice impossible à refermer. On peut d'ailleurs se demander quelle était la nature exacte des sentiments de Johan pour sa belle-fille. Là encore, l'ambiguïté règne.

Karin, elle, devient un enjeu entre les deux hommes. Henrik veut la garder attachée à lui. Prenant pour prétexte son rôle de professeur de musique, il révèle en fait un amour de type exclusif et égoïste non dénué, comme déjà dit, d'une ambiguïté certaine. Mais il est aussi un homme profondément perdu, cassé depuis son veuvage et Karin reste la seule bouée le tenant encore hors de l'eau où son être et sa raison ne demandent qu'à sombrer. Henrik est montré tour à tour tendre et attachant, son amour pour Anna nous émeut, sa fragilité aussi, une intense douleur le brûle toujours comme il le confesse à Marianne, alors qu'il vient de révéler l'un des aspects les plus noirs de sa personnalité : "Parfois, je me demande si je ne suis pas un peu fou. J'ai tout le temps mal".
Johan, lui, veut "libérer" Karin. Mais le désire-t-il vraiment de façon désintéressée ou, plus ou moins inconsciemment, afin de priver ce fils tant méprisé et détesté, du seul bonheur que celui-ci possède encore ?

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Karin ? Elle, ne choisit pas. Elle aime tout autant son père et son grand-père, même si vivre avec le premier entraîne de constantes tensions et une souffrance explosive, trop souvent au-delà du intolérable. Pourtant, s'il existe un rayon d'optimisme dans SARABAND, on le trouvera chez Karin. Cette jeune fille aussi sensible et fragile que dure et cassante, arrivera finalement à décider par elle-même de son avenir. Repoussant à la fois l'emprise du père et le tapis rouge du grand-père via l'offre d'un grand chef d'orchestre ami de ce dernier. Elle partira, mais là où elle l'a décidé. Double sentiment de libération et de déchirure, fort bien exprimé dans un même mouvement par le jeu tout à la fois tendre et inflexible de Julia Dufvenius.

Et Marianne dans tout ça ? Marianne, notre guide, nous accueille à l'entrée de ce drame familial. Elle encadre le film, l'ouvrant et le clôturant. Tout ce qui se situe entre le prologue et l'épilogue, les dix chapitres, scènes ou mouvements (au sens musical du terme) est donc un retour en arrière, tout le film étant raconté par Marianne. D'elle, nous savons qu'elle exerce la profession d'avocate, qu'une de ses filles vit en Australie avec son mari et que l'autre a été internée dans un hôpital psychiatrique. Pouvant sembler assez passive durant tout le récit, elle sert de confidente à chaque protagoniste à tour de rôle, démontrant toujours une bonne volonté parfois mise à mal. Elle ne se dévoile que dans les derniers instants du film, lors une scène assez surprenante tout d'abord puis, surtout, dans les ultimes secondes. Ces moments là, le spectateur de SARABAND ne les oubliera pas.

 

6da61625977725275dd11f2557398b37.jpgSi le scénario, les dialogues et les personnages de Bergman possèdent une puissance exceptionnelle non dénuée de poésie (la sublime évocation par Henrik de sa propre mort et de la vision d'Anna), celle-ci doit aussi et bien évidemment une grande partie de sa force à la mise en scène, si épurée, si simple, si efficace du réalisateur de Persona. On retrouve avec délectation ses fameux gros plans, ici de visages usés, attaqués par un Temps sans pitié et pourtant si beaux car plein d'une humanité extraordinaire. Ces gros plans, survenant souvent au bout de travellings si lents et majestueux qu'on les oublie presque, sont associés à des champs-contrechamps étirés et la caméra ausculte souvent davantage celui qui écoute que celui qui parle.

La photographie est superbe, harmonisant teintes et couleurs à dominante marron et bordeaux, beige et rouge foncé. Ces couleurs automnales correspondent bien sûr au propos même du film : l'automne de la vie et des sentiments. Le film est empreint de nostalgie mal digérée, de regrets éternels. Lorsque Marianne pleure, évoquant Johan devant Karin, celle-ci lui demande : "Tu pleures d'avoir perdu grand-père ?" Et Marianne de répondre : "Non, je pleure d'avoir perdu Johan et Marianne." Mais pour Marianne, il n'est pas encore trop tard pour (re)découvrir une émotion qui semblait disparue, si elle l'avait jamais éprouvée auparavant : le sentiment maternel.

Aucune scène ne présente plus de deux personnages à la fois. Quatre protagonistes pour six combinaisons paires possibles, toutes épuisées, voire répétées. Dix dialogues. Et, toujours, le fantôme de Anna.
Bergman, qui supprime la profondeur de champ, ajoutant ainsi à l'impression d'étouffement (tout est filmé en intérieurs avec juste quelques aperçus de la campagne suédoise), lie ses différents mouvements par de simples plans de fonds noirs annonçant le numéro du chapitre suivant et le titre afférent, le tout sur un extrait d'une suite pour violoncelle de Bach. La musique, au centre du récit mais davantage comme prétexte (le lien Henrik/Karin), métaphore, architecture du récit ou créateur d'ambiance et d'émotion que comme sujet, donne son rythme au film comme cela fut si souvent le cas par le passé dans d'autres oeuvres bergmaniennes (mais pas dans "Scènes de la vie conjugale" dont la musique était totalement absente).

A l'exception des travellings précités, la caméra ne bouge pour ainsi dire jamais. Les cadrages sont faits au cordeau mais le contraire eut été surprenant !
Devant une telle excellence moulée à la simplicité, on pardonnera bien volontiers à Bergman quelques rares afféteries ou maladresses : l'apparition de la lumière "divine" dans l'église poussant Marianne à se retourner et à regarder de plus près un Christ en croix au regard aussi illuminé et effrayant que cruel. Ou bien encore Karin visualisant son possible avenir de soliste qui s'évanouit littéralement au loin. Un peu trop d'illustration ici, de même que les inserts trop répétitifs du portrait de Anna ou la vision de Henrik après sa tentative de suicide. La scène entre Marianne et sa fille Martha à la clinique n'est pas non plus très convaincante. Mais ces quelques faiblesses n'enlèvent rien à la grandeur générale de l'oeuvre.

Ajoutons enfin que tout est fait pour la mise en valeur des acteurs et leur interprétation. Et quels acteurs ! On avait peut-être oublié quelle fantastique actrice était Liv Ullmann. Sa performance tout au long du film mais surtout dans ses deux monologues dirigés vers nous autres spectateurs (Prologue et Epilogue) touche à la perfection. La manière dont elle hésite à passer la porte chez Johan jusqu'à décompter une minute en nous regardant (idée reprise de "L'Heure du Loup", lequel donne aussi son titre à l'un des chapitres du film) met instantanément le film sur des rails dont nous ne risquons pas de dérailler. Et lorsqu'elle prononce ses ultimes mots, les derniers du film, les derniers jamais prononcés dans une oeuvre bergmanienne, elle emporte tout. Mais avant d'en arriver là, elle aura eu face à elle des partenaires d'un niveau eux aussi exceptionnel.
Erland Josephson et Börje Ahlstedt sont sidérants, tout simplement. Que dire de plus ? Toute l'Humanité est en eux, sa noirceur, sa désespérance, ses terreurs, sa violence, sa fragilité.
Et la nouvelle venue, la jeune Julia Dufvenius, a le formidable mérite de venir se glisser dans ce trio bergmanien déjà bien rodé (euphémisme !) à l'univers du Maître, et jouer sa partition avec une belle assurance, sans la moindre fausse note.

Ingmar Bergman, sans conteste l'un des plus grands cinéastes que le 7ème Art nous ait donné, si ce n'est le plus grand, ne nous manquera jamais car nous pourrons voir et revoir tous ses films. En sachant qu'un autre diamant noir sut venir in extremis s'incruster sur la couronne du génie suédois. Bergman est le plus beau synonyme du mot Cinéma. Avec un grand "C".

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Erland Josephson et Ingmar Bergman


NOTE :

Les âges déclarés des personnages de "Scènes de la vie conjugale" et de SARABAND ne correspondent pas. Dans le premier film Johan avait 52 ans à la fin du film (42 au début) mais Marianne n'accusait que 45 ans (35 lorsque l'histoire démarrait). Ils devraient donc ici et en bonne logique avoir respectivement 84 et 77 ans.
D'autre part, les prénoms des deux filles nées de leur mariage ne concordent pas : nous avons ici Martha et Sara au lieu de Eva et... Karin.
Johan n'avait pas été marié avant Marianne (elle, si) et n'avait pas de fils (Henrik). Par contre, après leur divorce, il s'était remarié avec une certaine... Anna.
A l'inverse, leurs professions sont ou plutôt étaient bien les mêmes et la maîtresse de Johan du temps de son mariage avec Marianne s'appelait aussi Paula.
Enfin, dans SARABAND, Marianne fait allusion aux poèmes qu'écrivait Johan, sujet d'une scène de "la vie conjugale" trente-deux ans plus tôt. On retrouve aussi la lanterne de papier représentant l'astre solaire et l'affirmation de Johan comme quoi l'entente entre un homme et une femme repose sur une bonne camaraderie et une vie sexuelle épanouie.
Bergman, lui, soutenait que SARABAND n'est en aucun cas la suite de "Scènes de la vie conjugale".

Cinéma Mercury

 

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Faisons un point sur la situation du cinéma d'Art et Essai niçois Le Mercury et sur celle de l'association dont j'ai l'honneur d'être l'animateur et programmateur, Cinéma sans Frontières.

Le Mercury, dernier dinosaure d'un passé cinématographique niçois très glorieux (voir les magnifiques rappels de Vincent Jourdan sur un de ses blogs) a été vendu tout récemment au Conseil Général des Alpes-Maritimes après des mois et des mois de négociation. Celle-ci, qui semblait ne jamais devoir finir, fut sans doute nécessaire vu la différence entre la somme votée dans un premier temps par le CG06 pour l'achat (950 000 €) et celui d'arrivée (1 130 000 €).

André et Danielle Bémon, pionniers du cinéma indépendant à Nice et à qui tant d'entre nous doivent une partie de leur cinéphilie dans les années 70 via leurs cinémas Méliès, Rio2000 ou (ancien) Mercury, passent donc la main.

Un Conseil Général propriétaire d'un cinéma ? Oui, ne cherchez pas, il s'agit d'une première nationale. Ceux qui penseront qu'il s'agit là, au delà des déclarations et intentions cinéphiliques, d'un "coup" politique s'intégrant à la guerre Estrosi-Peyrat avec la  Mairie de Nice pour objectif, ne pourront être taxés de mauvais esprit tant cela semble évident. Un joli coup, d'ailleurs, puisque aussi bien la ville de Nice que l'opposition de gauche (et bien entendu les cinéphiles) ne sauraient s'opposer au maintien d'un cinéma d'Art et Essai là où tous craignaient de voir s'installer une halle aux chaussures, une pizzeria ou un marchand de motocycles.

Pas mal de gens ont rêvé de gérer le lieu. Je passe sur les repreneurs indépendants dont on n'a jamais su grand-chose sinon qu'ils ont existé de façon plus ou moins sérieuse. En local, la Mission Cinéma de l'Espace Magnan avait développé un projet en association avec la municipalité. Mais celle-ci, déjà empêtrée dans ses multiples travaux et affaires, du Tramway au Grand Stade en passant par la nouvelle Mairie, sans oublier le déménagement urgent mais toujours repoussé de la Cinémathèque (municipale), finit par déclarer forfait.

De leur côté, les associations cinéphiliques niçoises les plus représentatives, qui s'étaient déjà regroupées en un collectif dénommé CINEAC[1], décidèrent de rédiger un projet de gestion associative du lieu qu'elles soumirent au CG06 dès que celui-ci annonça son intérêt pour la reprise du lieu. D'autant que tous les propos des divers responsables départementaux ne cessaient de souligner la volonté du Conseil de travailler en très étroite collaboration avec le milieu associatif.

Le projet fut donc soumis et accueilli avec beaucoup d'intérêt par le directeur de la culture, M. Didier Rochette, lors d'une rencontre en janvier 2006 et malgré le refus du CG de confier la gestion à une ou des associations.

Suivit un long, très long, insupportablement long silence de plus d'un an pendant lequel Mercury et CG06 discutèrent gros sous.

Pendant ce temps, chaque association poursuivit ses activités, dont Cinéma sans Frontières, basée de façon permanente et régulière au Mercury (3 à 4 séances-débats par mois plus un Festival annuel).

Enfin, en mars de cette année, arrivait la confirmation : le Mercury était bel et bien racheté par le CG06.

Le Mercury restera donc un cinéma. Et d'Art et Essai. Tant mieux !

Restait à savoir ce que cela pouvait "cacher" derrière le label et le sort réservé à CSF. C'est pour le savoir que l'association  (5 ans d'existence au Mercury, plus de 180 séances-débats, 5 festivals plus 3 en collaboration) est allé rencontrer au CG06 Pascal Gaymard, appelé à devenir le nouveau responsable du lieu. Celui-ci s'est engagé à ce que CSF y poursuive ses activités dans les mêmes conditions que précédemment et au même rythme. Il a demandé qu'une Convention soit passée entre l'association et le CG.

Nous avons donc rédigé un projet de convention très détaillée que nous avons adressé la semaine dernière à M. Gaymard.

Le nouveau responsable du Mercury a aussi rencontré les cinéphiles niçois (dont ceux de CSF à nouveau) lors d'une séance de nos amis du Café-Ciné, le 2 juillet.

A CSF, nous nous réjouissons de la sauvegarde du Mercury et du fait que nous puissions y poursuivre notre travail. Nous attendons d'œuvrer dans des conditions matérielles améliorées (le Mercury actuel souffre de grande vétusté, véritable repoussoir pour beaucoup de gens) et au sein de relations humaines de travail à la hauteur de ce qu'elles étaient avec M. Bémon, à savoir très amicales et reposant sur une grande estime et confiance réciproques.

Nous espérons d'autre part, comme tous les cinéphiles niçois, que la programmation "Mercury" (pas celle particulière à CSF) sera belle et bien audacieuse, pointue sans être élitiste, ouverte au monde entier et accueillante envers toutes les autres associations cinéphiliques niçoises dont on ne cessera jamais assez de souligner le remarquable travail.

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[1] CINEAC : Collectif Interurbain pour une nouvelle Expansion des Activités Cinématographiques. Fondé en janvier 2004, il se donnait pour objectifs de favoriser et de dynamiser le travail de chacun de ses membres en mutualisant l’information et les moyens techniques, d'une part, l’étude, la recherche, l'élaboration et l'application d’un projet de création et/ou de gestion d’une salle de cinéma labellisée  “Cinéma d'Art et Essai et de Recherche”  à Nice, de l'autre. Associations fondatrices : AdN, Cinéma sans Frontières, Espace de Communication Lusophone, Héliotrope, Lo Peohl Cinéma, Regard Indépendant, Sous l'Olivier... exactement.

Le projet du CINEAC peut être consulté et/ou télécharger ici

LES COMMUNIANTS - Ingmar Bergman

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Suède, 1962,
d'Ingmar Bergman, NB, 81'
Scénario : Ingmar Bergman
Photo : Sven Nykvist
Montage: Ulla Ryghe

Avec:
Gunnar Björnstrand, Ingrid Thulin
Gunnel Lindblom, Max von Sydow
Allan Edwall, Olof Thunberg

 [cette critique révèle les détails du film]


En tournant LES COMMUNIANTS, Ingmar Bergman porte un coup fatal à sa relation personnelle avec Dieu, relation qu'il avait déjà très fortement ébranlée dans son film précédent A travers le miroir. Les deux oeuvres forment – avec Le Silence tourné en 1963 – la trilogie dite "de chambre".

Avec A travers le miroir, Bergman avait non seulement opéré une mutation sensible de ses croyances mais prit aussi un tournant formel très important. Aux influences expressionnistes qui ont longtemps marqué ses oeuvres, il a substitué une épure, une "réduction"  pour reprendre son propre terme, qui va devenir sa marque la plus authentique pour les années à venir. L'utilisation de gros et même de très gros plans devient systématique, les décors sont réduits au minimum et servent à créer une impression d'enfermement, un enfermement bien plus moral voire mental que physique.
Réduction aussi du nombre de personnages (deux principaux plus quatre secondaires ici), réduction du dialogue – qui n'en prend que plus d'importance - réduction de l'action au sens traditionnel du terme.
LES COMMUNIANTS offre un parfait exemple d'une unité forme/fond difficilement dissociable.

Le film nous montre comment un pasteur, Tomas Ericsson (Gunnar Björnstrand) prend conscience entre mâtines à Mittsunda et vêpres à Fröstnas du vide de sa croyance, de la solitude de l'homme, du "silence de Dieu". Bergman organise son film en une succession de scènes qui, par leur nombre (douze) et leur contenu ne peut que renvoyer aux différentes stations du chemin de croix du Christ.

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De mâtines en vêpres

1. Le film débute par un gros plan sur Thomas dans l'église en train de dire l'Evangile en préparation à la communion. Le point de vue s'inverse et on le voit au fond du champ, de dos. Le reste de l'église est quasi-vide, six fidèles seulement assistent à la cérémonie. Le plan est magnifiquement composé autour des courbes des voûtes et du vitrail opposées aux angles droits du crucifix et des lignes de fuite de l'allée centrale. Un plan de coupe nous montre l'église vue de l'extérieur, isolée au sein d'un paysage enneigé avant de s'élargir vers le cours d'eau qui la longe, recouvert d'une fine pellicule intermittente de glace.
Revenant à l'intérieur de l'église, nous découvrons les profils du couple Persson (Gunnel Lindblom et Max von Sydow). Chaque fidèle présent est ainsi  "approché", suivi d'un très gros plan sur la soucoupe contenant les hosties. La communion elle-même est encore l'occasion de découvrir chaque visage au plus près en alternance avec celui de Tomas.  Toute cette séquence est tournée en temps réel (plus de 12 minutes) depuis le début du rite jusqu'à la sortie de l'église.

2. Bergman nous entraîne à la sacristie. Tomas est malade, il a visiblement pris froid. Les Persson arrivent. La femme, Karin, explique à Tomas que son mari Jonas est angoissé depuis qu'il a appris que les Chinois sont "élevés dans la haine"  et que bientôt "ils possèderont la bombe et comme ils n'ont rien à perdre...". La réponse du pasteur, "Ayez confiance en Dieu",  tombe à plat et il s'en rend compte. A son affirmation "Nous devons vivre",  Jonas lâche son premier mot: "Pourquoi ?"

3. Retour à l'intérieur de l'église. Tomas murmure face au crucifix: "Quelle image absurde".  Märta Lundberg (Ingrid Thulin) arrive avec un thermos de boisson chaude. Elle porte des lunettes et un bonnet de laine. Tomas essaie visiblement de se débarrasser d'elle. Il retourne à la sacristie, Märta sur les talons qui le prend en pitié: "Pauvre Tomas".  Elle veut savoir ce qui le ronge, il répond: "Le silence de Dieu".  Märta voudrait l'épouser afin de ne pas se retrouver éloignée de lui puisque, institutrice, elle est susceptible de mutation. Quelques minutes après la "confession" de Tomas, elle lui affirme: "Le silence de Dieu ! Dieu ne parle pas parce qu'il n'y a pas de Dieu. C'est affreusement simple."  Devant la froideur de Tomas, elle lui conseille: "Vous devez apprendre à aimer".

3e92567d39cded108100ad080a948ed9.jpg4. Tomas est inquiet. Il déambule dans l'église, à l'écoute (de Jonas qui doit revenir le voir sous la pression de son épouse ? de Dieu ?). Il n'entend rien et revient à la sacristie. Après avoir regardé les photos de son épouse décédée, il lit une lettre de Märta. Sa voix "off" est relayée par celle de Märta qui apparaît à l'écran. Gros plan sur son visage sans lunettes. Elle "dit" sa lettre en regard caméra. On apprend qu'ils avaient vécu deux ans ensemble, "un pauvre effort pour échapper au manque d'amour de nos relations". Victime d'un très sévère eczéma généralisé, elle pense que celui-ci a doublement causé la fin de leur relation. Märta l'analyse comme "la preuve de l'absence d'amour entre (eux)". Elle confie n'avoir "jamais cru en sa foi [celle de Tomas] en Dieu".  Elle avait pourtant prié : "Dieu, pourquoi m'avoir faite insatisfaite et si amère ? Si cette souffrance a un but, dites-le moi et je le supporterai. Vous m'avez donné une âme forte, un corps solide, mais tout cela ne sert à rien. Donnez un sens à ma vie et je serai votre loyale servante."  Aujourd'hui sa prière est exaucée, le sens à sa vie est son amour pour Tomas.

5.  Jonas Persson est revenu voir Tomas, conformément à sa promesse. Au désir de suicide avoué par le charpentier, Tomas oppose sa propre expérience, sa découverte du monde réel (vérité objective) pendant la guerre d'Espagne: "Je ne voulais rien voir, rien comprendre. Je refusais la réalité. Mon dieu et moi vivions dans un monde fermé. Voyez-vous, comme pasteur, je ne vaux rien. Je croyais en un dieu absurde, paternel, qui nous aimait tous et moi le premier (...), moi si lâche, si égoïste, je ne pouvais être un bon pasteur. Pouvez-vous imaginer mes prières à ce dieu-écho si confortable ? Quand je le confrontais avec la réalité, il devenait hideux. Un Dieu araignée, un monstre. C'est pourquoi je le préservais de la lumière. Je le maintenais hors de la vie."
Cette confession dans laquelle les rôles sont parfaitement inversés – et où Tomas reprend l'image du dieu araignée au centre de A travers le miroir - n'a d'autre effet sur Jonas que d'entraîner son départ après que Tomas ait encore insisté: "Même si Dieu n'existe pas, cela importe peu. Car la vie a une explication. Quel soulagement ! Et la mort est simplement la désintégration du corps et de l'esprit. La cruauté des êtres, leur solitude, leur peur, tout devient clair, évident. Il n'y a pas de "raison" à la souffrance, elle n'a donc nul besoin d'explication. Il n'y a pas de Créateur, de Sauveur. Pas de pensée, rien."
Après le départ de Jonas, la caméra s'approche du visage de Tomas pour un très gros plan. Faisant écho aux dernières paroles du Christ, il murmure: "Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?"  Puis la caméra recule lentement...

6. Tomas est dans la nef, toussant, malade. Il s'adresse à Märta: "Maintenant, je suis libre. C'est fait."  Ce n'est alors plus Tomas qui s'exprime mais bien Bergman lui-même qui vient de "régler son compte"  à Dieu, d'oser enfin dire ce qu'il ressent. Et Tomas peut pleurer dans les bras de Märta qui le couvre de baisers. Une femme entre dans l'église et annonce le suicide de Jonas...

99bda39e81608b3134b1a0ebf7cf2c68.jpg7. Tomas se rend en voiture avec Märta là où a été découvert le corps de Jonas, près de l'eau. Les paroles échangées entre Tomas et les policiers sont entièrement couvertes par le grondement de l'usine qui borde la rivière.

8. Tomas accompagne Märta chez sa tante où elle habite. Dans la salle de classe contiguë où il l'attend, il rencontre Strand, un garçon de 10 ans venu chercher un magazine oublié par son frère alité. Il se montre incapable d'entamer un dialogue avec l'enfant et cette scène rend un tragique écho à l'entretien avec Jonas, quelques minutes auparavant. Au retour de Märta auprès de lui, une discussion s'ensuit et l'institutrice se plaint: "Vous êtes odieux. Parfois j'ai l'impression que vous me haïssez."  Tomas commence alors à l'humilier et la rejette complètement, affirmant ne pas l'aimer et être "mort quand  (sa) femme est morte."  Märta lui rétorque: "L'horreur de vous-même vous tuera".  Cependant, après avoir amorcé son départ, il revient lui demander de l'accompagner à l'office des vêpres. Et elle accepte, "n'ayant pas le choix".

9. Tomas est chez les Persson, où il vient avertir Karin de la mort de son mari. Enceinte, elle réagit calmement et refuse poliment l'invite du pasteur à prier. Puis, tandis que Tomas s'en va, elle va prévenir ses enfants réunis à la cuisine...

10.  Tomas et Märta roulent en voiture. Pendant le trajet, le véhicule est arrêté à un passage à niveau et un train de marchandises passe avec des wagons ressemblant à des cercueils. Une seule phrase est prononcée par Tomas : "Mes parents m'ont poussé à devenir pasteur".

11. A l'église de Fröstnas, Frövik le sacristain évoque à Tomas la passion du Christ. Il croit qu'on insiste trop sur ses souffrances qui après tout n'étaient pas si terribles en comparaison des siennes (il est handicapé).
"Et puis son agonie a été courte, quatre heures... La douleur morale était pire que la douleur physique."
Ce sentiment d'être abandonné par ses disciples qui n'avaient rien compris : "Etre délaissé quand on aurait tant besoin de soutien."  Mais le pire était à venir. Sur la croix, il s'écria : "Mon dieu ! Pourquoi m'as-tu abandonné ? (...) Il pensa que son enseignement était mensonge. Il fut rempli de doute au moment de mourir."   Le silence de Dieu, voilà bien le plus dur...
Arrive ensuite l'organiste, un peu éméché sans doute par le repas dominical et qui conseille à Märta de partir loin.

12.  Les cloches auront beau sonner, c'est dans une église vide à l'exception de Märta et de Frövik mais au son de l'orgue, que Tomas va dire la messe. Le pasteur se retourne vers nous et ouvre la célébration d'une voix presque désincarnée: "Dieu soit le nom du Seigneur, Sa gloire s'étend sur toute la terre."
Le film se termine par un rapide fondu au noir, sans générique final.

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Un ciel distant et invisible


Beaucoup d'interrogations et de réponses diverses ont été portées sur cette fin. Faut-il y voir un rayon d'optimisme "chrétien" (Tomas continue) ? Une manifestation de nihilisme (Dieu est mort) ? Ou un témoignage de l'existentialisme grandissant du cinéaste ? Il est possible que Bergman, après la fin "ratée" car forcée et "malhonnête" (selon ses propres dires) de A travers le miroir n'ait pas voulu cette fois-ci attacher le spectateur à une "vérité". On trouve d'ailleurs à la fin des COMMUNIANTS comme une réponse aux affirmations de David – le père de A travers le miroir – confiée par l'organiste Blom à Märta d'un ton cynique: "Dieu est amour, et l'Amour est Dieu... je connais le jargon".

Si Bergman renonce à la présence divine voire à l'existence même de Dieu, il ne désespère pas de l'homme et de la vie elle-même. Tomas n'avait d'ailleurs pas manqué de le souligner – sans succès, on l'a vu – à Jonas : "Vous devez vivre, Jonas. L'été est en route. Après tout, les ténèbres ne dureront pas toujours (...) Voici le paradis terrestre, Jonas. Cela vaut le coup de vivre !" Les relations humaines, l'amour entre les êtres, voilà le meilleur, le seul substitut à ce dieu absent. Bergman réussit à transmettre son message dans une extraordinaire économie de moyens et de temps (le film dure 1h20, toute l'action se déroulant entre midi et 15h). Tout y est resserré, comprimé, concentré, dénué de la moindre affectation et le résultat final ressemble à ce que serait l'essence même de sa pensée.

Comme dit précédemment, fond et forme sont fondus l'un en l'autre. Le paysage hivernal, glacé, silencieux n'est autre que la représentation mentale de Tomas et illustre tout à la fois la sécheresse de son coeur et le silence de Dieu. Ce film "blanc" résulte d'un travail extrêmement minutieux du réalisateur et de son directeur de la photo, Sven Nykvist, afin de rendre au plus près l'évolution de la lumière en trois heures de temps "réelles" d'un jour d'hiver. Le travail sur le son (très important dans A travers le miroir) se révèle encore une fois fondamental mais cette fois c'est bien le silence, autrement dit l'absence de sons, qui domine. Et ces silences ne sont jamais troublés par une quelconque musique. Seuls, à la fin, l'orgue et la cloche de l'église se font entendre. La parole de Dieu semble ensevelie à jamais sous les flocons de neige qui tombent en silence d'un ciel distant et invisible...

Tomas a vécu jusque là dans une croyance aveugle renforcée par la présence à ses côtés d'une épouse adulée. Mais avec la mort de celle-ci, le monde idéal de Tomas s'écroule et il reste seul avec le souvenir permanent et aiguë de sa femme. Son sacerdoce était indissociable de son mariage, pas seulement son sacerdoce mais sa foi même. Ses sentiments desséchés, il se raccroche un temps à Märta avec qui il vit pendant deux ans avant de s'en éloigner, répugné par l'eczéma (d'origine psychosomatique) de l'institutrice qui, elle, l'aime réellement.

A l'inverse de ses propos sur A travers le miroir, Bergman exprima à de nombreuses reprises toute sa satisfaction des COMMUNIANTS dont il écrivit le scénario en moins d'un mois. Au départ, il avait imaginé une église abandonnée et un homme restant là, enfermé, "seul avec ses hallucinations" (I. Bergman, "Images, Gallimard, p.249). La primauté réside alors dans les changements de lumière, de conditions météorologiques, de sons. "Mais" ajoute Bergman, "le passage d'une problématique religieuse à une problématique parfaitement terrestre demandait un autre décor. Et une autre lumière. C'est pour ça que la rupture avec A travers le miroirdevient si totale... Avec sa note émotionnelle forcée, "A travers le miroir" est un film romantique et coquet, ce que l'on ne peut guère reprocher aux COMMUNIANTS. Si l'on ne considère pas l'un comme l'élan nécessaire pour arriver à l'autre, les deux films n'ont aucun rapport l'un avec l'autre. A cette époque, déjà, je repoussais violemment A travers le miroir Mais je ne le disais pas tout haut."  Cette fois, le cinéaste n'essaie pas de se concilier une partie du public. Pour lui, finalement, que "Dieu se taise ou que Dieu parle, c'est égal"  (id. p.258) note-t-il après avoir remarqué : "Si on est croyant, on peut dire que Dieu lui (Tomas) a parlé. Si on est étranger à toute idée de Dieu, on préfèrera peut-être dire que Märta Lundberg et Algot Frövik sont deux êtres humains qui relèvent leur prochain qui était tombé et qui descend dans la tombe"  (id.).

Quoi qu'il en soit, LES COMMUNIANTS clôt le cycle des réflexions bergmaniennes sur la foi et Dieu. Désormais, le cinéaste se tournera vers l'Homme et les relations qu'il entretient avec ses semblables...

Entretien avec Ingmar Bergman sur le film (sous-titré en anglais)

[cet article a été publié le 26/03/2003 sur le site Ecrans pour Nuits Blanches

Tour de France

Le Tour de France s'est donc achevé... J'aurais même tendance à dire qu'on l'a achevé avec tambours et trompettes. Inutile de reprendre ici ce qui a été dit et écrit mille fois ailleurs sur ses scandales liés au dopage et je laisse aux spécialistes de la petite reine le soin de disserter sans fin sur les raisons, les origines, les méfaits de celui-ci.

Ce qui a tout particulièrement retenu mon attention au cours des différentes étapes touche au traitement télévisuel. L'impression de dégoût fut si forte que je n'ai pu me retenir d'envoyer un courrier au Médiateur de France Télévision. On était samedi, veille de l'arrivée sur les Champs-Elysées et les cyclistes pédalaient en solitaire à 55 kms/heure, après trois semaines de cyclo-tourisme survitaminé.

Voici le courrier :

"Monsieur,

Je suis écoeuré par l'indécence répétée et têtue des divers commentateurs du Tour de France 2007 et qui ne font, à vrai dire, que reproduire encore et encore leurs actes des années précédentes.

Je fais allusion bien entendu à leur absence de sens critique véritable sur les ravages du dopage dans la course cycliste. Il est très pratique de se choisir un bouc émissaire (Rasmussen qui, par ailleurs, l'a bien cherché !) et de fermer les yeux sur les autres... Chaque personne qui suit de près le cyclisme SAIT qui est dopé ou, pour le moins, très fortement soupçonné de l'être.
Comment peut-on, Messieurs Holtz, Adam, Olivier, Jalabert, Fignon et consorts, faire comme "si" Vinokourov était par définition au-dessus des soupçons alors que tout indiquait le contraire ? Résonne encore à mes oreilles les pitoyables éloges de Gérard Holz ("quel courage ! quel battant !" etc.). Et après, ces mêmes personnes se déclarent "trahis" dans leur confiance ? Ce ne serait pas plutôt leur hypocrisie, leurs mensonges par omission et, car il faut appeler un chat un chat, leur participation consciente à l'omerta du peloton, qui serait "trahie" ?
Il en avait été de même avec notre champion "si populaire, si talentueux, si attachant", Richard Virenque.

On nous passe d'élégiaques rétrospectives de ces "champions de légende" qu'étaient Anquetil ou Merckx. Sans la moindre once de critique alors que chacun sait aujourd'hui que ces coureurs étaient dopés jusqu'aux yeux ! De qui se moque-t-on ?

La presse écrite a au moins l'honneur de ne pas se faire complice de cette désinformation (cf. divers articles parus ces jours dans Libération ou Le Monde).
Mais France-Télévision ne veut surtout pas cracher dans sa propre soupe mijotée depuis tant d'années ! Les intérêts financiers sont tellement grands, n'est-ce pas ? Il faut absolument coller à l'enthousiasme d'un Gérard Holtz ("Vive le sport !"), même au prix de collusion avec les tricheurs. Pendant des années, ces commentateurs nous ont vendu le génie de Lance Armstrong sans se poser la moindre question. L'an passée, Floyd Landis était encensé après sa résurrection miraculeuse dans les cols. Toujours pas la moindre interrogation....
Cette année même, alors que tout le monde sait que Rasmussen mais aussi Contador (qui dit lui-même que Manolo Saiz est "un second père" pour lui) et dont le nom apparait partout dans des documents compromettants, provoquent l'enthousiasme des reporters dans leurs différents mano à mano en haut des cols.

Pire encore : samedi 27, avant-dernière étape (je tape ce courrier en direct des propos que je vais retranscrire) : 15h35. Thierry Adam, pour sauver sans doute encore l'honneur de France-Télévision et "son" Tour de France, insiste sur l'inanité (le mot n'est pas prononcé) des rumeurs concernant le jeune Espagnol en se livrant à une incroyable désinformation. Il précise que "(leur) confrère Le Monde, toujours bien informé, précise que "le rapport d'enquête n'a pas révélé d'annotations mentionnant des produits dopants en face du nom d'Alberto Contador.". Oui, mais la phrase est totalement sortie de son contexte et d'un article qui, dans son ensemble, arrive à des conclusions totalement opposées et dont le titre ne laisse d'ailleurs guère de doute : "Probable vainqueur du Tour, Alberto Contador n'aurait pas dû y participer" / "Alberto Contador, maillot jaune miraculé de l'"opération Puerto".
Pour que les choses soient très claires, je reproduis en fin de ce courrier l'article du Monde dans son intégralité.

Je suis le Tour de France depuis plus de 40 ans. Depuis que j'ai compris, comme beaucoup, qu'il y avait des exploits impossibles à réaliser sans dopage puis que les faits et scandales divers l'aient prouvé, j'attends, année après année que France-Télévision, ses responsables, généraux et sportifs, et ses spécialistes cycliste, fassent leur vrai métier de journaliste et non pas de groupies de champions, venant pleurer après coup comme s'ils ne savaient pas auparavant.
Année après année, je suis déçu (mais pas surpris) et le sentiment de nausée est de plus en plus puissant.

Je vous prie, cher monsieur, d'agréer mes respecteuses salutations...."

(suivait la reproduction de l'article du Monde : ).

Ce n'est pas un Médiateur mais une Médiatrice qui me répondait dès le lundi après-midi (sincères bravos et merci) :

Cher Monsieur,

Nous avons bien reçu votre message dans lequel vous exprimez votre vive émotion concernant la retransmission de l’épreuve sportive du 94e Tour de France cycliste par les chaînes du groupe France Télévisions.

Fidèle téléspectateur de l'événement, vous regrettez les commentaires fournis par les journalistes concernant les ravages du dopage, les estimant exempts de sens critique, ce que vous attribuez à l'importance des intérêts financiers en jeu pour France Télévisions.

Je tiens à vous apporter quelques précisions.

Retransmettant l’événement aux côtés d’Amaury Sport Organisation (ASO) qui s’est confirmé un partenaire digne de confiance encore l’an passé en renvoyant 6 candidats du podium à leur domicile, le groupe France Télévisions (FTV) estime avant tout du devoir du service public de couvrir l’événement et ceci à bien des égards.

En effet, non seulement le Tour de France est une compétition sportive d’importance, mais il est aussi un « monument » du patrimoine culturel français au même titre que le Château de Versailles ou le défilé du 14 juillet, dont on ne peut priver les Français. Lors de ses retransmissions, FTV participe chaque année au lien social que le Tour permet de renforcer chaque été pendant les « grandes vacances », rassemblant des personnes de tous milieux sur le bord de la route.

Ainsi, FTV et ASO, qui assume ses responsabilités dans la lutte contre le dopage, collaborent en toute confiance, sur la même longueur d’onde afin que les efforts de tous soient récompensés et que cette institution sportive perdure.

Néanmoins, j'entends votre opinion et vous remercie d’avoir pris le temps de nous écrire pour nous en faire part.

La mission de la médiation nous porte à relayer le plus fidèlement possible les propos des téléspectateurs aux responsables des programmes, tant dans leur contenu que dans leur forme, aussi je transmets votre protestation à la direction des sports du groupe afin qu’elle en prenne toute la mesure.

Salutations attentives
Fabienne Abbou
Médiation des programmes
France Télévisions


Que répondre à une telle aimable et si gentille langue de bois ? Ceci :


Chère Madame,

Je vous remercie d'avoir bien voulu répondre à mon courrier.

Hélas, si vous le faites au niveau de la forme, il n'en va pas de même en ce qui concerne le fond de ma protestation, autrement dit des arguments que j'ai pu développer.

Vous "répondez" en effet totalement à côté, ignorant avec superbe les critiques que j'apporte sur les commentaires du personnel attaché à la retransmission du TdeF.

Je n'ai jamais remis en question la grandeur du TdF, son aspect "patrimoine" ou la nécessité de sa retransmission par le service publique de la télévision (auquel je suis particulièrement attaché dans son principe, mais avec un oeil de plus en plus critique). Je suis le TdF à la télévision depuis une quarantaine d'années, autrement dit depuis ma prime adolescence.

Je ne mets pas en doute le rejet par FTV ou ses représentants de toute idée de dopage dans le sport. Je constate simplement un manque total de prudence (j'emploie un euphémisme...) dans le traitement de l'événement qui fait qu'un "champion" est toujours couvert de dithyrambes alors que les soupçons pèsent déjà sur lui depuis longtemps (voir  le cas de Lance Armstrong ou de Marion Jones en athlétisme, par ex.). Autrement dit, on protège le spectacle et il sera toujours temps plus tard de déboulonner l'idole qu'on a contribué à construire.

M. Gérard Holtz a pris l'habitude en cette fin de TdF, d'asséner une phrase "méfiance", suivie aussitôt d'une "compliment enthousiaste" qui détruit la précédente. Cette réthorique (peu subtile et servant uniquement désormais à se couvrir) ne peut tromper personne. D'autant que cela ne s'accompagne jamais de la moindre auto-critique. Je l'ai entendu ces dernières 48h tenir les pires propos sur Vinokourov, accompagnant ses praroles d'un complaisant et auto-congratulant "le voilà rhabillé pour l'hiver". M. Holtz aurait mieux fait de "se" rhabiller pour l'hiver, en s'excusant auprès des spectateurs d'avoir porté aux nues ce cycliste quelques jours auparavant, sans le moindre discernement.

Je constate qu'il ne fait que reproduire les discours de M. Bilalian, technique qui déteint à son tour sur M. Thierry Adam qui, lui, remporte haut le maillot jaune de l'indécence sur ce tour.
Quant à utiliser d'anciens champions aussi sympathiques, certes, que M. Fignon, Jalabert ou (hier) Thévenet, je trouve celà quelque peu tendancieux. Comment croyez-vous donc qu'ils ont été champions ?
Si on veut jouer la carte de la "propreté (et je vous y encourage des deux mains car le sport en général et le cyclisme ici concerné en particulier, valent qu'on se batte pour les préserver), alors il faut jouer le jeu à fond.

Je vous remercie pour l'attention que vous aurez bien voulu, une fois de plus, accorder à mes propos."


Il ne me reste plus qu' encenser les vrais champions qui en suent grâce à leur grand-mère :


Profession : cinéaste mort

Pas le temps de se reposer...


En 24 heures, Serrault, Bergman et maintenant Antonioni qui passent l'arme à gauche... Ca dézingue sévère, on se croirait chez Johnny To ! Il est vrai que beaucoup doivent écarquiller les yeux en balbutiant : "Comment, ça ? Il n'était pas mort depuis longtemps, Antonioni ?" Si, peut-être, mais il ne fallait pas le dire...

En tout cas, voilà une bagarre de polochon à plumes de nuages qui s'annonce serrée au tourniquet de Saint Pierre : Bergman versus Antonioni...
Rappelons-nous ce que disait le premier du second :

"Il a réalisé deux chefs d'oeuvres, vous pouvez oublier le reste. L'un est Blow-Up, que j'ai vu plusieurs fois, et l'autre La Nuit, également un film magnifique bien qu'il le doive en grande partie à la jeune Jeanne Moreau. Dans ma collection, j'ai une copie du Cri, et bon sang quel film ennuyeux ! Je veux dire, si diaboliquement triste. Vous savez, Antonioni n'a jamais appris le métier. Il se concentrait juste sur les images, sans comprendre qu'un film est un flot rythmé d'images, un mouvement. Bien entendu, il existe des instants remarquables dans ses films. Mais je ne ressens rien devant L'Avventura, par exemple. Seulement de l'indifférence. Je n'ai jamais compris pourquoi on couvrait autant de louanges Antonioni. Et pour moi, Monica Vitti était une très mauvaise actrice."
(trad.perso à partir du texte anglais : "He's done two masterpieces, you don't have to bother with the rest. One is Blow-Up, which I've seen many times, and the other is La Notte, also a wonderful film, although that's mostly because of the young Jeanne Moreau. In my collection I have a copy of Il Grido, and damn what a boring movie it is. So devilishly sad, I mean. You know, Antonioni never really learned the trade. He concentrated on single images, never realising that film is a rhythmic flow of images, a movement. Sure, there are brilliant moments in his films. But I don't feel anything for L'Avventura, for example. Only indifference. I never understood why Antonioni was so incredibly applauded. And I thought his muse Monica Vitti was a terrible actress.")

Je ne parierai pas sur Serrault arbitre. Avec son mauvais saint-esprit coquin, il risque d'aggraver les choses. Surtout si son copain Poiret est venu l'accueillir. Ils vont mettre une sacrée pagaille rien que pour le plaisir de voir les génies s'écharper (et je n'ose penser à ce qui arrivera si Jacqueline Maillan et Francis Blanche s'en mêlent).

Là-haut, ils doivent déjà former les équipes à partir de la drastique sélection bergmanienne.


D'un côté : Antonioni, Welles ("une escroquerie, le vide, pas intéressant, Citizen Kane un profond ennui"), Godard ("faux intellectuel, complètement mort, cinématographiquement inintéressant et infiniment ennuyeux")...
De l'autre : Bergman, Tarkovsky ("un génie"), Fellini ("merveilleux, il est tout ce que je ne suis pas"), Kurosawa (Rashomon était un des films préférés de Bergman), Truffaut ("j'ai beaucoup d'admiration pour sa façon de s'adresser au public, je l'aime beaucoup").

La voiture-balai est passée.
Continuent à gravir le col Manoel de Oliveira (99 ans en décembre) et Rohmer (87). Ceux-là doivent carburer à l'E.P.O.

p.s. : one me dit à l'oreillette que Godard n'est pas mort. Seulement à bout de souffle. Accroche-toi, Jeannot(-Luc) !

p.s.2 : l'excellent Vincent Jourdan (âme de l'association Regard Indépendant) me rappelle que Rivette est toujours là et que John Ford jouera dans l'équipe Bergman, ayant été adoubé par ce dernier...

 On peut voir ici, filmé en direct par Jean Vigo, l'affrontement entre jeunes bergmaniens et jeunes antonioniens. On peut même apercevoir brièvement Michel Serrault ouvrant et refermant une porte comme lors de ses premiers films : 


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Bergman est passé à travers le miroir

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La Mort dans Le Septième Sceau (1957) 

 

... et voilà... l'un des 5 plus grands cinéastes de toute l'histoire du cinéma (chacun choisira les quatre autres à sa convenance) et le plus grand des "encore vivants", ne l'est plus...
Ingmar Bergman a fini par nous quitter quelques mois après nous avoir offert sa dernière "Sarabande".

Le Cinéma sans Bergman ? Impossible à imaginer. Qui mieux que lui, plus que lui, aura su allier le fond à la forme, les fusionnant jusqu'à l'hypnose du spectateur ?
Contrairement à sa réputation (têtue) de cinéaste intello, Bergman aura parlé et continuera à parler au plus profond de chaque être humain de ce qui est le plus banal, commun à tous les mortels : l'angoisse devant l'infernal couple vie/mort, l'impossible sauvetage par la fusion des êtres au sein d'un couple (on naît seul, on meurt seul), le refus des dogmes, mais aussi l'irrépressible besoin de bonheur et de comédie.

Bergman déprimant ? Allons donc ! Depuis quand la pure beauté alliée à l'intelligence la plus acérée aurait-elle le noir pouvoir de nous déprimer ? Bien sûr, on ne rigole pas en sortant de "Cris et Chuchotements" ou du "Silence". Mais cette apparent désespoir qui nous étreint se transforme vite en bonheur inoubliable. Celui d'avoir touché au plus près le génie, d'avoir croisé la route de l'homme qui aura tout compris de nous, à l'instar d'un Beckett en littérature. Découvrir un nouveau film de Bergman aura été et sera toujours un perpétuel éblouissement pour tout cinéphile. Un choc.

Bergman ne restera pas seulement comme le plus grand sondeur d'âmes du 7ème Art mais aussi comme un extraordinaire "metteur en images". Les mises en scènes de Bergman ? Elles sont à décortiquer plan par plan et résonnent d'un amour immodéré des acteurs. Bergman rime pour l'éternité avec Max, Gunnar, Erland et surtout, surtout ! avec Harriett, Ingrid, Liv, Bibi, Eva, Ulla, Maj-Britt, Gunnel...

Une preuve supplémentaire du génie de celui qui fut le plus grand portraitiste de femmes ? Il aura su patienter jusqu'à ce que Michel Serrault meurt et l'attende, sans doute, sur le premier nuage, pour l'accompagner... dieu sait où ! Serrault, notre clown le plus génial, et Bergman l'amateur de cirque... Quel couple !

Je reviendrai plus tard, plus en détail, sur Bergman via quelques critiques de films rapatriées de mon site Ecrans pour Nuits Blanches (à l'arrêt, mais toujours en place ici : http://pserve.club.fr/index.html

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Bergman vu par Paco Guzman 

 

 

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