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02.08.2007

Michel Serrault se rend à son cimetière : Mortelle randonnée.

Michel Serrault est donc mort et enterré depuis ce matin.

A vrai dire, ça fait drôle. J'emploie ce mot, "drôle", à dessein et de préférence à ceux de bizarre ou étrange. Parce que le bougre nous aura tellement fait rire comme des bossus tout au long de nos vies, qu'il le mérite bien.
Les très nombreux témoignages et articles qui lui ont été consacré et continuent à l'être depuis l'annonce de son départ, mettent volontiers l'accent sur ses qualités d'acteur multiple, impressionnant dans ses rôles dramatiques qu'il savait charger d'un mystère souvent inquiétant : Docteur Petiot, Les Fantômes du Chapelier, Mortelle Randonnée, L'Argent des Autres (son premier vrai rôle dramatiquement sérieux), Nelly et Monsieur Arnaud, A mort l'Arbitre de son copain Mocky, Assassin(s) ou encore le formidable Garde à Vue.

Bien sûr, personne n'oublie le comique, son triomphe dans La Cage aux Folles (aussi bien au théâtre dont il ne reste, hélas, que des extraits enregistrés, qu'au cinéma) passant en boucle sur les télés. Mais l'on évoque à peine, comme s'il ne s'agissait que d'une période d'apprentissage, tous ces films accumulés dans les années 50 et 60. Des films pas toujours très bons, certes, mais où lui – même lorsqu'il ne faisait qu'y apparaître un instant, à l'instar d'un De Funès - dynamitait tous les concepts de logique. La plupart du temps avec l'inséparable Jean Poiret mais aussi ces génies du comique que furent Jacqueline Maillan, Roger Pierre, Jean-Marc Thibault, Francis Blanche, Darry Cowl, Michel Galabru, Jean Carmet et autres Sophie Desmarets.

dff1ded87ee524581df175dd09e1e941.jpgCar Serrault nous aura accompagné – je parle des gens de ma génération, ceux qui regardaient les films en noir et blanc sur la chaîne unique de télévision, au long de plusieurs décennies marquées par des changements que l'on aurait, au départ, jugé fantaisistes. Et la fantaisie, c'est ce que maîtrisait le mieux Serrault. Car la folie, l'absurde, l'improvisation tous azimuts, si elles ne sont pas maîtrisées au millième de seconde par une sorte de génie instinctif qui vous dicte où se situe le fil qui vous sépare du génie et du n'importe quoi, tout cela finit par vous entraîner dans le chaos et une lasse incompréhension du spectateur. C'est notamment la raison pour laquelle chaque acteur et directeur d'acteurs sait que l'art comique est bien plus difficile que le dramatique. Molière le disait en son temps et il savait de quoi il parlait, le gugusse : "C’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens."

On ne s'improvise pas comique, on l'est par nature ou pas. On peut ne pas le savoir, l'être à ses propres dépens (le sujet du Dîner de cons), progresser dans son art, ouvrir de nouvelles voies, inventer des formes de comiques jamais vues nulle part, apprendre à tailler son diamant brut. Mais "devenir" comique si l'on ne possède pas cette graine en soi, je ne crois pas cela possible. N'est-ce pas la raison pour laquelle le don de faire-rire est vu par ceux qui ne le possèdent pas comme un extraordinaire outil de séduction ?

Oui, je me souviens avec délectation et forcément beaucoup de nostalgie de ces après-midi passés devant la petite télé familiale à me tordre les boyaux devant Nous irons à Deauville, Les Durs à cuire, Vous n'avez rien à déclarer ?, Des pissenlits par la racine puis, à peine quelques années plus tard, Ces messieurs de la famille, Appelez-moi Mathilde ou Ces messieurs de la gâchette sans oublier bien sûr le génial Assassins et Voleurs du vieux père Guitry. Et puis les divers films tournés avec Jean-Pierre Mocky parmi lesquels Les Compagnons de la Marguerite, L'Ibis Rouge, Bonsoir ou le super-décapant Le Miraculé.

Michel Serrault possédait la sagesse de tout vrai fou conscient de sa folie : en faire profiter le Monde qui, lui, est fou et ne le sait pas.

Commentaires

J'aimais beaucoup Serrault dans ces rôles un peu inquiétants : Mortelle randonnée, Les fantômes du chapelier , Garde à vue, Buffet froid ou alors Nelly et Mr Arnaud (magistral). Et quels films !

Ecrit par : dasola | 06.02.2008

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