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06.09.2007

Souvenirs de Rugby


En 1968, le XV de France, emmené par son capitaine toulonnais Christian Carrère et ses joueurs-vedettes Jo Maso, Walter Spanghero, Guy et Lilian Camberabero, Benoît Dauga, Pierre Villepreux et Jean "Peter Pan" Gachassin, enlevait pour la première fois le Grand Chelem de ce qui était alors le Tournoi des 5 Nations.
Je m'intéressais déjà au rugby depuis deux ans, converti en partie par l'enthousiasme cathodique et contagieux de l'inimitable Roger "allez les petits" Couderc et de l'autre par les progrès locaux du Racing Rugby Club de Nice qui n'allait pas tarder à accéder enfin à la première division.
J'avais 13 ans et bien que footeux de base – je le suis resté – j'intégrais avec plusieurs copains l'école de rugby du RRCN. Ma petite taille me désigna vite demi de mêlée. Mon idole et modèle devint le Gallois Gareth Edwards, autant viser haut.

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Le blogueur en chef est frappé d'une croix noire. Je dédie cette photo à mon regretté ami Jean-Jacques,
juste derrière moi sur la photo.


Mon premier choc émotionnel lié au rugby me vint à la fin d'un tournoi à 7. Nos éducateurs nous projetèrent un film sur la tournée des Lions Britanniques en Nouvelle Zélande. C'était la première fois que je voyais en action les fameux, les mythiques All Blacks, ces valeureux guerriers dont on dit que leur tenue noire porte le deuil de leurs adversaires. Je découvris, émerveillé et effrayé à la fois, leur tétanisant Haka. Puis je compris ce que voulait dire "enfoncer l'adversaire" et "faire reculer une mêlée" sur vingt mètres. Ces joueurs semblaient sortis d'une autre planète. Ils étaient les dieux du Rugby et le sont restés, même s'ils ne gagnent pas toujours. Quoiqu'on fasse et dise, il y aura toujours les All Blacks et les autres. Les battre devient alors un exploit incommensurable, forcément inoubliable.

Mes plus grands souvenirs de rugby – en tant que spectateur – sont donc tout d'abord forcément associés aux hommes en noir et... aux exploits presque blasphématoires des joueurs français face à eux.


En premier, le 14 juillet 1979. Je suis au service militaire, à Metz, bien loin de ma Côte d'Azur. Dimanche matin, une télé dans la chambrée. Je suis bizarrement le seul à être resté voir le match. Eden Park, Auckland. Les Français n'ont encore jamais battu les Blacks chez eux. Le match est un rêve. Emmené par "Casque d'Or", l'emblématique capitaine Jean-Pierre Rives, les Bleus bousculent leurs adversaires, marquent quatre essais contre deux et l'emportent 24-19 devant 57 000 spectateurs médusés. L'exploit impensable un 14 juillet. Difficile de faire mieux.



Le deuxième souvenir, dans l'ordre chronologique, fait une infidélité aux All Blacks. Tournoi des 5 nations 1987. Je suis dans les tribunes du mythique stade de Twickenham. Déjà à Londres depuis un an, je suis accompagné de toute une famille d'amis anglais, tous fervents supporters du XV à la Rose, bien sûr. L'ambiance est magnifique, festive, populaire et chaleureuse. Mes amis m'offrent une énorme cocarde tricolore frappée du coq gaulois. Le match est très tendu, comme toutes les rencontres entre ces deux nations. Les deux équipes sont à égalité et la pression des Anglais est énorme. Mais à un quart d'heure de la fin, voilà que Philippe Sella, le plus grand "centre" du monde, réussit une interception de génie et après une course de 70 mètres aplatit dans l'en but, en "terre promise" comme disait Roger Couderc. La France gagne à Twickenham et réussira le Grand Chelem. Je suis aux anges, mes amis sont atterrés mais fair-play.



Souvenir suivant toujours vécu en direct de Londres, la même année mais devant la télé, à l'aube. Première Coupe du Monde retransmise par la BBC en direct d'Australie et de Nouvelle-Zélande. Demi-finale. Les Bleus contre les Wallabies australiens. Le match fou, l'égalité parfaite, la marche vers l'inévitable prolongation car on joue la dernière minute. Et alors une attaque de fous comme seuls les Frenchies peuvent en inventer – ce n'est pas moi qui le dit mais les Anglais, plus admiratifs qu'on ne le croit – et le Pelé du Rugby (on ne connaissait pas encore Zidane), Serge Blanco qui aplatit en coin. La France en finale ! Peu importe ou presque qu'elle la perde ensuite logiquement contre les All Blacks.



1991. A nouveau le tournoi, à nouveau les Anglais, à nouveau Twickenham. Ce jour là, Philippe Saint-André conclut l'essai du siècle, un essai de 100 mètres, parti de l'en-but tricolore. Et dire que certains croient encore que le Rugby n'est qu'un sport de brutes ! A ce niveau, c'est de l'Art.



3 juillet 1994. Retour en Nouvelle-Zélande. Quinze ans après l'exploit de Rives and Co, les Français remettent ça mais cette fois ils enfoncent le clou en battant les Blacks dans les deux test-matches ! Dans le premier, les Bleus se sont imposés 22-8. Mais l'exploit gravé à jamais dans les annales surgit au deuxième test, une semaine plus tard. C'est l'"essai du bout du monde" comme on le nommera. Encore un mouvement fou et collectif parti des 22 mètres français, initialisé par le "goret" Saint-André et terminé par Sadourny.



Je passe sur le pénible souvenir de l'essai manqué à la dernière seconde et pour 10 petits centimètres par le bon géant Abdelatif Benazzi en demi-finale de Coupe du Monde à Durban sous un véritable déluge. La tristesse fut compensée par la joie de voir toute une nation – l'Afrique du Sud – fêter la victoire de son équipe (pourtant entièrement "blanche" à une seule exception près) - et voir un Nelson Mandela enfin sorti des geôles de l'apartheid et Président vêtu du maillot des Springboks remettre la coupe au capitaine Pinaar.

Je finirai alors sur la demi-finale de la Coupe du Monde 1999. Encore et toujours Twickenham qui, décidément, sait pousser les Froggies aux exploits les plus improbables.
31 octobre de légende où l'on retrouve les terribles All Blacks de Lomu, Tumaga et autres Mehrtens, Kronfeld ou Randell. Bref, les meilleurs au monde. Les Français séduisent et marquent un superbe essai en première mi-temps (Lamaison) mais le monstre Jonah Lomu en marquent deux et les Blacks ont 14 points d'avance à peine la deuxième mi-temps commencée. Les Bleus font alors chavirer le stade en alignant 26 points d'affilée : deux drops en deux minutes suivis de deux pénalités, le tout réussi par Lamaison  (28 points au total inscrits de toutes les manières possibles, ce que l'on nomme un "full house"). Puis c'est le feu d'artifice avec trois essais d'anthologie signés Dominici, Dourthe et Bernat-Salles. Les Blacks sont surclassés et terminent hagards, battus 43-31. Comme en 87, la France ratera sa finale, épuisée par l'avant-dernière marche.

Espérons que 2007 voit cette fois... l'essai transformé !


 


 

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