08.09.2007

Rugby : J + 1

"L'accident"

Retour sur France-Argentine (12-17). On apprend par la bouche de l'ancien international Laurent Bénézech via le site de L'Equipe où il est consultant, que la gestion d'avant-match mis en place par le staff tricolore avait été calamiteuse. Plutôt que de détendre les joueurs, Bernard Laporte et ses adjoints crurent judicieux de  les placer dans un état d'émotion délibéré. "Le problème est que l'encadrement a voulu en rajouter et a fait lire au groupe la lettre de Guy Moquet, ce qui a créé un surplus d'émotion. Les joueurs avaient les larmes aux yeux. Le match était quasiment cinq heures après. Il y a eu aussi la remise des maillots aux huit joueurs qui étaient dans les tribunes, cette cassure, donc, dans le groupe des trente, deuxième pic émotionnel. Et ce qui devait arriver est arrivé : les joueurs étaient vidés au moment du match."

Si la mémoire de Guy Moquet mérite d'être honorée – et elle n'a d'ailleurs pas attendu son "officialisation" par le nouveau Président de la République pour l'être – le faire dans ce contexte précis et dans ce but devient une instrumentalisation plus qu'incongrue : indécente et stupide. Cette surenchère à l'émotion que l'on nous sert sans discontinuer depuis des mois commence à devenir fatiguante. Question bien sûr sur toutes les lèvres mais qu'aucun média n'ose poser : cette mauvaise idée a-t-elle été soufflée au sélectionneur et futur secrétaire d'état aux sports  par son excellent ami et futur patron – puisque le Premier Sinistre, selon le mot de Coluche, n'existe plus de fait – Nicolas Sarkozy ?
En tout cas, après une nuit de réflexion et visionnage du match de la veille, Bernard Laporte, Jo Maso et Fabien Pelous sont tombés d'accord : la défaite relève de "l'accident" et c'est la faute à la "pression". Cette bonne vieille pression, ça faisait longtemps qu'on ne nous l'avait pas resservie. Attention, car la pression avec ou sans mousse, les Irlandais ça les connaît.
Les paroles – fleuries – et pleines de bon sens sont venues du pétillant Daniel Herrero au journal de la mi-journée sur France 3.

Quand Tout Noir rime avec Lumière.

Un pur régal. Admirer les All Blacks face à l'Italie (76-14) n'a pu que réjouir tout amoureux du rugby. Les Néo-Zélandais se sont livrés à la démonstration attendue, espérée, et redoutée par nos cousins transalpins. Inscrivant 11 essais, tous plus beaux les uns que les autres - le premier dès la 1ère minute de jeu - menant 38-0 après seulement 19 minutes, les hommes à la fougère argentée ont enthousiasmé les 60 000 spectateurs du Stade Vélodrome à Marseille. Face à des Italiens K.O. d'entrée mais qui eurent l'immense mérite de s'accrocher, de jouer et de savoir finir fort avec deux essais à la clé, les All Blacks ont fait étalage de leurs plus grandes qualités : soutien constant au porteur du ballon, rapidité, implacable précision des passes, puissance physique dans les regroupements et toujours cet amour du jeu qui les pousse à accélérer sans cesse en faisant vivre le ballon. Je répète : un régal. On se souvient des propos du grand et mythique capitaine Black des années 60, Brian Lochore, qui déclarait que la plus belle marque de respect envers un adversaire quel qu'il soit était de ne jamais "lever le pied" et si on pouvait lui passer 100 points, de le faire. Ce credo irradie toujours le jeu des hommes en noir. A mille lieux de cette arrogance trop souvent à l'œuvre par ailleurs, suivez mon regard...

Carton plein dans la poche australienne


Les Wallabies australiens doivent aussi avoir beaucoup de respect pour les Japonais. Ils n'ont pas eu à forcer leur talent pour faire voler en éclat les fleurs de cerisier. Match à sens unique, beaucoup plus déséquilibré que le précédent, les progrès du rugby nippon étant très loin d'atteindre ceux de l'Italie. A l'arrivée, 13 essais et un score astronomique de 91 à 3. Un match trop facile qui empêche de vraiment juger  cette équipe d'Australie. En comparaison et vu l'adversité, les All Blacks m'ont paru bien plus impressionnants.

 Une Rose pâlichonne

 La surprise est venue du stade Bollaert à Lens où la Rose anglaise, championne du monde en titre, a été sérieusement bousculée par les Aigles états-uniens. Certes les Anglais ont gagné mais n'ont marqué que trois essais – contre un – pour un score finale de 28-10. Les USA ont montré des qualités certaines : dynamisme, rapidité, volonté, solidarité. L'Angleterre, elle, privée de Johnny Wilkinson, aura sérieusement besoin d'élever la qualité de son jeu lors de ses prochains matches. Sinon, une correction pourrait l'attendre face aux Springboks sud-africains.

Et maintenant, place au foot et à Italie-France...

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