« Rugby : J + 1 (suite) | Page d'accueil
11.09.2007
L'affaire de la lettre de Guy Moquet : l'indécence de Bernard Laporte et l'ombre de Sarkozy
Donc, quelques heures avant le coup d'envoi du match France-Argentine qui inaugurait la 6ème Coupe du Monde de Rugby, l'encadrement du XV de France – Bernard Laporte en tête – choisit de faire lire aux joueurs français en pleine préparation mentale, la lettre du jeune résistant Guy Môquet, écrite à ses parents juste avant son exécution par les Nazis en 1941.
Avec un sens de la psychologie très aiguë, le sélectionneur désigna Clément Poitrenaud comme lecteur. On se souvient que celui-ci est le seul arrière de métier sélectionné dans le groupe France – un pari plus qu'osé, devenu incompréhensible quand il n'est même pas appelé à jouer face aux Pumas argentins. Le lui demander à lui qui devait être dans un état moral proche de l'Ohio, était incontestablement très délicat.
La décision de faire lire cette lettre si dramatique pose plusieurs problèmes. Je passerai rapidement sur le premier, d'ordre psychologique. Alors qu'il fallait garder ses joueurs concentrés sur le match tout en les aidant à ne pas se crisper mais à se détendre, il choisit de leur balancer un texte qui leur tire les larmes des yeux. On sait depuis la dernière coupe du monde et sa demi-finale perdue contre l'Angleterre que cet encadrement ne sait absolument pas gérer les avant-matches des Bleus, en voici encore une preuve.
Mais ce premier aspect des choses est certainement le moins important. Car que révèle-t-il ? La bêtise – pour le moins – de Bernard Laporte. Avec quelle conséquence ? Une défaite en match de rugby, ce que voulait précisément éviter Bernard Laporte. Une défaite, c'est tout. Même si elle peut entraîner une élimination dès le premier tour, même si elle s'avère catastrophique pour le rugby français, cela ne relève que du sport. Il n'y a pas et il n'y aura pas mort d'homme.
Guy Môquet, lui, est mort. Pour de vrai. Fusillé par des types devenus des barbares et nommés Nazis. Il n'a pas seulement été bousculé en mêlée par des Argentins ou cloué au sol par des chandelles. Il est mort. Le rapprochement – quelle qu'en soit la trouble raison que puisse apporter Bernard Laporte – entre ce terrible destin et son horrible contexte d'une part, et un simple match de rugby où l'adversité devient une guerre (le trop fameux "esprit de combat" cher au sélectionneur), alors que le monde de l'Ovalie est précisément celui du respect absolu de l'adversaire, ce rapprochement est tout à la fois indécent et abject. Il donne envie de vomir et, quelle que soit l'issue de ce tournoi, disqualifie définitivement Bernard Laporte comme homme de valeur. On en arriverait presque à souhaiter que cette équipe ne soit pas championne du monde afin d'éviter à cet homme de pouvoir retomber sur ses pieds et retirer des lauriers qu'il ne méritera pas. Pour ne pas en arriver à un souhait pareil, il faut vraiment aimer le rugby et respecter les joueurs qui, eux, n'y sont pour rien et se préparent depuis quatre ans.
Bêtise, indécence mais aussi interrogation politique. Car on ne peut pas faire comme si de rien n'était. Bernard Laporte a été nommé Secrétaire d'Etat aux Sports par Nicolas Sarkozy. Ce poste, il l'occupera dès que l'équipe de France sera éliminée ou – si elle gagne – une fois la finale passée. Je passe là encore sur les craintes pour le sport français que la nomination d'un tel monsieur à ce poste peut faire naître.
Plus grave, me semble-t-il – et je suis très loin d'être le premier à m'en émouvoir – est qu'il ait choisi de faire lire précisément cette lettre là. Faut-il rappeler que, fraîchement élu, le nouveau Président de la République a fait lire cette même lettre le jour de son investiture et a exigé qu'elle soit lue dans toutes les classes de France ? Comment alors ne pas s'interroger ? Soit Bernard Laporte – qui n'est pas seulement un sélectionneur-hommes d'affaires et futur secrétaire d'état, mais aussi un ami qu'on nous dit "proche" de Nicolas Sarkozy – a fait preuve d'un zèle que lui-même dans son langage fleuri qualifierait digne d'un lèche-cul, soit il l'a fait sur le conseil avisé de son ami le Président qui, comme chacun le sait, est aujourd'hui lui-même le plus grand sportif de France et a, de toute façon, la réponse à TOUS les problèmes de chaque Français, à commencer sans doute par l'équipe nationale de rugby puisqu'il est omnipotent, omniprésent et omniscient. J'en profite pour dire que ceux d'entre vous qui n'avaient pas vu et entendu Catherine Nay déclarer sans rire sur C+ (dans la défunte émission de Pascale Clark, "En aparté") que Nicolas Sarkozy était un incroyable "sportif de TRES haut niveau", avait raté un grand moment.
Preuve s'il le fallait encore de l'indigence de Bernard Laporte : il a déclaré qu'il était hors de question de changer le système de jeu français. On va donc continuer à voir les joueurs français rentrer dans le lard de leurs adversaires, jouer "au ras", "dans l'axe", "fixer l'adversaire" et chercher davantage à le "châtier", plutôt qu'à envoyer les 3/4... jouer, au sens plein du terme.
Avec un sens de la psychologie très aiguë, le sélectionneur désigna Clément Poitrenaud comme lecteur. On se souvient que celui-ci est le seul arrière de métier sélectionné dans le groupe France – un pari plus qu'osé, devenu incompréhensible quand il n'est même pas appelé à jouer face aux Pumas argentins. Le lui demander à lui qui devait être dans un état moral proche de l'Ohio, était incontestablement très délicat.
La décision de faire lire cette lettre si dramatique pose plusieurs problèmes. Je passerai rapidement sur le premier, d'ordre psychologique. Alors qu'il fallait garder ses joueurs concentrés sur le match tout en les aidant à ne pas se crisper mais à se détendre, il choisit de leur balancer un texte qui leur tire les larmes des yeux. On sait depuis la dernière coupe du monde et sa demi-finale perdue contre l'Angleterre que cet encadrement ne sait absolument pas gérer les avant-matches des Bleus, en voici encore une preuve.
Mais ce premier aspect des choses est certainement le moins important. Car que révèle-t-il ? La bêtise – pour le moins – de Bernard Laporte. Avec quelle conséquence ? Une défaite en match de rugby, ce que voulait précisément éviter Bernard Laporte. Une défaite, c'est tout. Même si elle peut entraîner une élimination dès le premier tour, même si elle s'avère catastrophique pour le rugby français, cela ne relève que du sport. Il n'y a pas et il n'y aura pas mort d'homme.
Guy Môquet, lui, est mort. Pour de vrai. Fusillé par des types devenus des barbares et nommés Nazis. Il n'a pas seulement été bousculé en mêlée par des Argentins ou cloué au sol par des chandelles. Il est mort. Le rapprochement – quelle qu'en soit la trouble raison que puisse apporter Bernard Laporte – entre ce terrible destin et son horrible contexte d'une part, et un simple match de rugby où l'adversité devient une guerre (le trop fameux "esprit de combat" cher au sélectionneur), alors que le monde de l'Ovalie est précisément celui du respect absolu de l'adversaire, ce rapprochement est tout à la fois indécent et abject. Il donne envie de vomir et, quelle que soit l'issue de ce tournoi, disqualifie définitivement Bernard Laporte comme homme de valeur. On en arriverait presque à souhaiter que cette équipe ne soit pas championne du monde afin d'éviter à cet homme de pouvoir retomber sur ses pieds et retirer des lauriers qu'il ne méritera pas. Pour ne pas en arriver à un souhait pareil, il faut vraiment aimer le rugby et respecter les joueurs qui, eux, n'y sont pour rien et se préparent depuis quatre ans.
Bêtise, indécence mais aussi interrogation politique. Car on ne peut pas faire comme si de rien n'était. Bernard Laporte a été nommé Secrétaire d'Etat aux Sports par Nicolas Sarkozy. Ce poste, il l'occupera dès que l'équipe de France sera éliminée ou – si elle gagne – une fois la finale passée. Je passe là encore sur les craintes pour le sport français que la nomination d'un tel monsieur à ce poste peut faire naître.
Plus grave, me semble-t-il – et je suis très loin d'être le premier à m'en émouvoir – est qu'il ait choisi de faire lire précisément cette lettre là. Faut-il rappeler que, fraîchement élu, le nouveau Président de la République a fait lire cette même lettre le jour de son investiture et a exigé qu'elle soit lue dans toutes les classes de France ? Comment alors ne pas s'interroger ? Soit Bernard Laporte – qui n'est pas seulement un sélectionneur-hommes d'affaires et futur secrétaire d'état, mais aussi un ami qu'on nous dit "proche" de Nicolas Sarkozy – a fait preuve d'un zèle que lui-même dans son langage fleuri qualifierait digne d'un lèche-cul, soit il l'a fait sur le conseil avisé de son ami le Président qui, comme chacun le sait, est aujourd'hui lui-même le plus grand sportif de France et a, de toute façon, la réponse à TOUS les problèmes de chaque Français, à commencer sans doute par l'équipe nationale de rugby puisqu'il est omnipotent, omniprésent et omniscient. J'en profite pour dire que ceux d'entre vous qui n'avaient pas vu et entendu Catherine Nay déclarer sans rire sur C+ (dans la défunte émission de Pascale Clark, "En aparté") que Nicolas Sarkozy était un incroyable "sportif de TRES haut niveau", avait raté un grand moment.
Preuve s'il le fallait encore de l'indigence de Bernard Laporte : il a déclaré qu'il était hors de question de changer le système de jeu français. On va donc continuer à voir les joueurs français rentrer dans le lard de leurs adversaires, jouer "au ras", "dans l'axe", "fixer l'adversaire" et chercher davantage à le "châtier", plutôt qu'à envoyer les 3/4... jouer, au sens plein du terme.
Je laisserai à Tonton George le dernier mot :
23:35 Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Rugby, Guy Môquet, Bernard Laporte, Nicolas Sarkozy



Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://alombreducactusflottant.hautetfort.com/trackback/1214299
Commentaires
En exclusivité : la lettre que le XV de France lira dans les vestiaires avant France-Namibie dimanche:
http://agitlog.zeblog.com/248534-en-exclusivite-la-lettre-que-le-xv-de-france-lira-dans-les-vestiaires-avant-france-namibie-dimanche/
Ecrit par : AGIT LOG | 13.09.2007
Dans un cas comme dans l'autre (premier degré ou tentative un peu potache de parodie), Guy Môquet se fait récupérer et instrumentalisé de façon identique.
Ecrit par : Philippe | 13.09.2007
Cela s'appelle une caricature subversive dont le procédé consiste à détourner les codes de l'adversaire pour les tourner en dérision.
Ecrit par : AGIT LOG | 22.09.2007
Ecrire un commentaire