06.08.2007
Marilyn Monroe, 45 ans de lumineuse absence

45 ans jour pour jour après sa mort (elle fut retrouvée sans vie au petit matin du 6 août 1962), Marilyn Monroe demeure l'un des plus grands mythes du cinéma, sans doute son plus universel, son plus touchant aussi. Certes, sa fin tragique à seulement 36 ans n'a pas peu contribué à la légende, comme ce fut aussi le cas pour d'autres acteurs tels que Rudolph Valentino, Jean Harlow ou James Dean. Mais Marilyn était déjà un mythe de son vivant, une personne hors norme partagée entre un personnage public soigneusement composé et entretenu ("Marilyn")) et une femme méconnue n'aspirant qu'à la reconnaissance de son être le plus intime (Norma Jean Baker). Si la première continue à faire rêver les foules, celles-ci ont peu à peu appris à découvrir la seconde, jeune femme écorchée et restée une petite fille en recherche désespérée d'amour et loin, très loin de la gourdasse qu'elle eut si souvent à jouer à l'écran.

La légende Marilyn (M.M. comme aime à la baptiser la presse outre-Atlantique) est lancée. En cette même année 53, les films s'enchaînent : après "Niagara", "Les hommes préfèrent les blondes" (Gentlemen Prefer Blondes de Howard Hawks où Marilyn, préférée à Betty Grable pour le rôle après son succès dans "Niagara", multiplie les demandes de nouvelles prises à chaque scène) et "Comment épouser un millionnaire" (How to Marry a Millionaire, Jean Negulesco). L'année suivante, elle fait la une des journaux pour raisons extra-cinématographiques
Joe Di Maggio. Mais cette deuxième union ne tient que neuf mois, entrecoupée de la tournée de Marilyn en Corée où elle chante pour des milliers de GI's énamourés et en guerre. Il faut dire que ce mariage n'aura servi que d'écran de fumée servant à cacher la véritable liaison amoureuse de Marilyn avec le dramaturge Arthur Miller, alors marié, liaison entamée dès 1950. Il leur faudra attendre encore deux ans avant que Miller, divorcé, puisse épouser l'actrice (1956). 1954 est aussi l'année de "Rivière sans retour" (River of No Return, Otto Preminger) où elle partage magnifiquement l'affiche avec le plus cool de tous les acteurs, Robert Mitchum.
En 1955, Marilyn, star adulée, part vivre à New York, fonde sa propre maison de production avec son photographe et ami Milton Greene et annonce son intention de se séparer de la Fox pour qui elle tourne la même année "Sept ans de réflexion" (The Seven Year Itch, Billy Wilder) avec sa célébrissime scène de la jupe soulevée par le passage du métro et dont la répétition est suivie par 5000 badauds dans une rue de New York (Wilder finira par tourner la scène en studio...). Son personnage dans le film garde ses dessous au frigo en raison de la canicule...
Ses démêlés avec la Fox et son patron tout puissant Darryl F. Zanuck débouchent sur un accord dont profite Marilyn qui exigeait un droit de regard sur les scénarios et souhaitait choisir elle-même ses films et réalisateurs. Nul doute que l'incroyable succès de "7 ans de réflexion" aura contribué à faire fléchir le studio...
Marilyn aspire désormais et plus que jamais à devenir une vraie actrice et à être reconnue comme telle. Elle a commencé à suivre avec attention les cours du fameux Actors Studio où Lee Strasberg et sa femme Paula enseignent la "Méthode", héritée des théories sur le jeu de l'acteur du Russe Stanislavski au début du siècle. Certains se moquent de la prétention supposée de Marilyn, alors que d'autres louent au contraire son humilité et son courage.
En 1956, après "Bus Stop" (Joshua Logan), premier film produit par elle-même et sur le tournage duquel elle tombe malade d'épuisement, elle part à Londres, accompagnée de la désormais omniprésente Paula Strasberg et après avoir épousé Arthur Miller. Elle doit y tourner "Le Prince et la Danseuse" (The Prince and the Showgirl) réalisé et joué à ses côtés par l'immense Laurence Olivier (qui avait créé la pièce sur scène avec son épouse Vivien Leigh). Les relations entre Olivier, hautain et méprisant, et Marilyn, productrice du film et toujours impossible à gérer dans le temps et l'espace, s'avèrent un désastre. Tandis que Arthur Miller se voit condamné pour outrages au Congrès des USA après avoir refusé de dénoncer les membres d'un groupe littéraire soupçonnés de communisme - la chasse aux sorcières des maccarthystes se poursuit à Hollywood - Marilyn voit des "héritières" ou des concurrentes surgir de tous les coins : Jayne Mansfield, Kim Novak, Brigitte Bardot...
Après deux ans d'absence, Marilyn revient tourner à Hollywood où elle retrouve Billy Wilder - qui voulait Mitzi Gaynor - pour Certains l'aiment chaud (Some like it Hot) qui restera l'un de ses meilleurs films. Elle y est magnifique de charme, de beauté et de drôlerie et reste gravée dans nos mémoires avec son ukulélé et sa chanson "I wanna be loved by you". Pourtant et une fois encore, le tournage ressemble plus à un cauchemar qu'à une franche comédie. Marilyn multiplie les retards, les caprices, les manques de concentration, faisant multiplier les prises à l'infini, parfois pour une seule ligne de dialogue. Wilder fera ainsi 47 prises pour obtenir un simple et correct "It's me, Sugar" et 59 pour "Where's the bourbon ?" que Marilyn devait prononcer tout en fouillant dans un tiroir...
Tony Curtis, son partenaire dans le film, déclarera après une scène de baiser encore multi-répétée, et non sans une certaine goujaterie: "Embrasser Marilyn est comme embrasser Hitler". Il admettra plus tard que ce fut quand même un plaisir...
C'est que Marilyn n'est pas bien dans sa peau d'idole vivante. Enceinte pendant le tournage du film, elle alterne avortements - une douzaine, dit-on - et deux fausses- couches (elle qui adore les enfants), avale des quantités toujours plus phénoménales de somnifères, multiplie les "petites maladies" (angines, bronchites, virus divers) et sombre régulièrement en dépression.
Le début de la décennie suivante la voit tourner "Le Milliardaire"(Let's Make Love, 1960) sous la direction du grand George Cukor, l'homme qui a fait tourner toutes les plus grandes actrices d'Hollywood, de Greta Garbo à Katharine Hepburn en passant par Jean Harlow, Joan Crawford, Ingrid Bergman et autres Judy Garland. Pour lui donner la réplique, on choisit sur les conseils d'Arthur Miller, le Français Yves Montand (qui vient de jouer sur scène la pièce du dramaturge, "Les Sorcières de Salem"). On lui attribuera une liaison avec Marilyn pendant le tournage, tout ça sous le regard ironique de Simone Signoret, épouse du comédien: "Si Marilyn Monroe est amoureuse de mon mari, cela prouve qu'elle a bon goût car je suis amoureuse de lui moi aussi". Le film, quant à lui, n'est pas très bon.

1961 voit Marilyn incarner un personnage dramatique, son premier depuis "Niagara". Dans "Les Désaxés" (The Misfits), écrit par Arthur Miller et mis en scène par John Huston, elle joue le rôle d'une jeune femme instable, en instance de divorce et qui tombe amoureuse de trois hommes à la fois : Clark Gable qui mourra deux jours après la fin du tournage, Montgomery Clift ("Il est la seule personne dans un état pire que le mien", dit-elle de l'acteur) et Eli Wallach. Encore un tournage à la limite du supportable, déjà plombé par les relations en pleine dégénérescence du couple Miller-Monroe. Cette fois pourtant le film sera superbe et la c
omposition de Marilyn éblouissante. Sa vraie vie sentimentale, elle, devient ingérable. Alors qu'elle se sépare de Miller – le divorce sera prononcé en février 61 – elle entame une impossible liaison amoureuse avec John F. Kennedy, le jeune Président des USA et peut-être avec son frère Robert (Bob), Ministre de la Justice. Elle connaît une sévère dépression et lorsqu'elle entre en clinique psychiatrique, le fantôme de sa mère plane sur son esprit. Les quantités de médicaments avalés ne cessent d'augmenter.
Marilyn retrouve les studios et George Cukor, son réalisateur sur "Le Milliardaire", en avril 1962. Son nouveau film, une comédie, doit s'appeler "Something's Got To Give" ("Quelque chose doit craquer"). Ses partenaires sont l'acteur et crooner Dean Martin et Cyd Charisse, "les plus belles jambes d'Hollywood".
Marilyn n'a jamais été aussi belle, aussi séduisante, toutes les images tournées du film le prouvent. Pourtant et plus que jamais, le tournage s'avère une catastrophe. Marilyn est très rarement présente sur le plateau, amoncelant les pépins de santé et la production prend un retard considérable.
Le 21 mai, bravant l'interdiction de s'absenter de la Fox, elle se rend sur la scène du Madison Square Garden. Là, vêtue d'une robe moulante couleur chair cousue à même son corps, elle vient chanter Happy Birthday, Mister President à John F. Kennedy.
A l'arrêt du film, tout l'univers de Marilyn s'écroule en un instant. Faillite professionnelle, faillite sentimentale, santé catastrophique, personnage devenu gênant au plus haut niveau de l'Etat, la dérive de Marilyn est bien trop profonde pour espérer une autre fin que celle qui advient le 5 août 1962 : Norma Jean est retrouvée sans vie dans son lit après absorption massive de barbituriques. Le monde se retrouve en état de choc et essaie de comprendre. Quarante-cinq ans plus tard, il essaie encore. La thèse du suicide, officielle, se voit confrontée à de multiples "scénarios" privilégiant celle du meurtre, les assassins présumés allant de la Mafia au clan Kennedy, en passant par la CIA ou... son psychiatre.
Aujourd'hui, le mystère reste entier et les zones d'ombre toujours aussi opaques.
Marilyn, elle, demeure lumineuse. Pour l'éternité...

02:05 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Marilyn, Monroe, DiMaggio, arthur Miller, Norma Jean Baker, Hollywood, films
02.08.2007
Michel Serrault se rend à son cimetière : Mortelle randonnée.
Michel Serrault est donc mort et enterré depuis ce matin.
Les très nombreux témoignages et articles qui lui ont été consacré et continuent à l'être depuis l'annonce de son départ, mettent volontiers l'accent sur ses qualités d'acteur multiple, impressionnant dans ses rôles dramatiques qu'il savait charger d'un mystère souvent inquiétant : Docteur Petiot, Les Fantômes du Chapelier, Mortelle Randonnée, L'Argent des Autres (son premier vrai rôle dramatiquement sérieux), Nelly et Monsieur Arnaud, A mort l'Arbitre de son copain Mocky, Assassin(s) ou encore le formidable Garde à Vue.
Bien sûr, personne n'oublie le comique, son triomphe dans La Cage aux Folles (aussi bien au théâtre dont il ne reste, hélas, que des extraits enregistrés, qu'au cinéma) passant en boucle sur les télés. Mais l'on évoque à peine, comme s'il ne s'agissait que d'une période d'apprentissage, tous ces films accumulés dans les années 50 et 60. Des films pas toujours très bons, certes, mais où lui – même lorsqu'il ne faisait qu'y apparaître un instant, à l'instar d'un De Funès - dynamitait tous les concepts de logique. La plupart du temps avec l'inséparable Jean Poiret mais aussi ces génies du comique que furent Jacqueline Maillan, Roger Pierre, Jean-Marc Thibault, Francis Blanche, Darry Cowl, Michel Galabru, Jean Carmet et autres Sophie Desmarets.
Car Serrault nous aura accompagné – je parle des gens de ma génération, ceux qui regardaient les films en noir et blanc sur la chaîne unique de télévision, au long de plusieurs décennies marquées par des changements que l'on aurait, au départ, jugé fantaisistes. Et la fantaisie, c'est ce que maîtrisait le mieux Serrault. Car la folie, l'absurde, l'improvisation tous azimuts, si elles ne sont pas maîtrisées au millième de seconde par une sorte de génie instinctif qui vous dicte où se situe le fil qui vous sépare du génie et du n'importe quoi, tout cela finit par vous entraîner dans le chaos et une lasse incompréhension du spectateur. C'est notamment la raison pour laquelle chaque acteur et directeur d'acteurs sait que l'art comique est bien plus difficile que le dramatique. Molière le disait en son temps et il savait de quoi il parlait, le gugusse : "C’est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens."On ne s'improvise pas comique, on l'est par nature ou pas. On peut ne pas le savoir, l'être à ses propres dépens (le sujet du Dîner de cons), progresser dans son art, ouvrir de nouvelles voies, inventer des formes de comiques jamais vues nulle part, apprendre à tailler son diamant brut. Mais "devenir" comique si l'on ne possède pas cette graine en soi, je ne crois pas cela possible. N'est-ce pas la raison pour laquelle le don de faire-rire est vu par ceux qui ne le possèdent pas comme un extraordinaire outil de séduction ?
Oui, je me souviens avec délectation et forcément beaucoup de nostalgie de ces après-midi passés devant la petite télé familiale à me tordre les boyaux devant Nous irons à Deauville, Les Durs à cuire, Vous n'avez rien à déclarer ?, Des pissenlits par la racine puis, à peine quelques années plus tard, Ces messieurs de la famille, Appelez-moi Mathilde ou Ces messieurs de la gâchette sans oublier bien sûr le génial Assassins et Voleurs du vieux père Guitry. Et puis les divers films tournés avec Jean-Pierre Mocky parmi lesquels Les Compagnons de la Marguerite, L'Ibis Rouge, Bonsoir ou le super-décapant Le Miraculé.
Michel Serrault possédait la sagesse de tout vrai fou conscient de sa folie : en faire profiter le Monde qui, lui, est fou et ne le sait pas.
18:10 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : serrault
31.07.2007
Profession : cinéaste mort
Pas le temps de se reposer...
En 24 heures, Serrault, Bergman et maintenant Antonioni qui passent l'arme à gauche... Ca dézingue sévère, on se croirait chez Johnny To ! Il est vrai que beaucoup doivent écarquiller les yeux en balbutiant : "Comment, ça ? Il n'était pas mort depuis longtemps, Antonioni ?" Si, peut-être, mais il ne fallait pas le dire...
En tout cas, voilà une bagarre de polochon à plumes de nuages qui s'annonce serrée au tourniquet de Saint Pierre : Bergman versus Antonioni...
Rappelons-nous ce que disait le premier du second :
"Il a réalisé deux chefs d'oeuvres, vous pouvez oublier le reste. L'un est Blow-Up, que j'ai vu plusieurs fois, et l'autre La Nuit, également un film magnifique bien qu'il le doive en grande partie à la jeune Jeanne Moreau. Dans ma collection, j'ai une copie du Cri, et bon sang quel film ennuyeux ! Je veux dire, si diaboliquement triste. Vous savez, Antonioni n'a jamais appris le métier. Il se concentrait juste sur les images, sans comprendre qu'un film est un flot rythmé d'images, un mouvement. Bien entendu, il existe des instants remarquables dans ses films. Mais je ne ressens rien devant L'Avventura, par exemple. Seulement de l'indifférence. Je n'ai jamais compris pourquoi on couvrait autant de louanges Antonioni. Et pour moi, Monica Vitti était une très mauvaise actrice."
(trad.perso à partir du texte anglais : "He's done two masterpieces, you don't have to bother with the rest. One is Blow-Up, which I've seen many times, and the other is La Notte, also a wonderful film, although that's mostly because of the young Jeanne Moreau. In my collection I have a copy of Il Grido, and damn what a boring movie it is. So devilishly sad, I mean. You know, Antonioni never really learned the trade. He concentrated on single images, never realising that film is a rhythmic flow of images, a movement. Sure, there are brilliant moments in his films. But I don't feel anything for L'Avventura, for example. Only indifference. I never understood why Antonioni was so incredibly applauded. And I thought his muse Monica Vitti was a terrible actress.")
Je ne parierai pas sur Serrault arbitre. Avec son mauvais saint-esprit coquin, il risque d'aggraver les choses. Surtout si son copain Poiret est venu l'accueillir. Ils vont mettre une sacrée pagaille rien que pour le plaisir de voir les génies s'écharper (et je n'ose penser à ce qui arrivera si Jacqueline Maillan et Francis Blanche s'en mêlent).
Là-haut, ils doivent déjà former les équipes à partir de la drastique sélection bergmanienne.
D'un côté : Antonioni, Welles ("une escroquerie, le vide, pas intéressant, Citizen Kane un profond ennui"), Godard ("faux intellectuel, complètement mort, cinématographiquement inintéressant et infiniment ennuyeux")...
De l'autre : Bergman, Tarkovsky ("un génie"), Fellini ("merveilleux, il est tout ce que je ne suis pas"), Kurosawa (Rashomon était un des films préférés de Bergman), Truffaut ("j'ai beaucoup d'admiration pour sa façon de s'adresser au public, je l'aime beaucoup").
La voiture-balai est passée.
Continuent à gravir le col Manoel de Oliveira (99 ans en décembre) et Rohmer (87). Ceux-là doivent carburer à l'E.P.O.
p.s. : one me dit à l'oreillette que Godard n'est pas mort. Seulement à bout de souffle. Accroche-toi, Jeannot(-Luc) !
p.s.2 : l'excellent Vincent Jourdan (âme de l'association Regard Indépendant) me rappelle que Rivette est toujours là et que John Ford jouera dans l'équipe Bergman, ayant été adoubé par ce dernier...
On peut voir ici, filmé en direct par Jean Vigo, l'affrontement entre jeunes bergmaniens et jeunes antonioniens. On peut même apercevoir brièvement Michel Serrault ouvrant et refermant une porte comme lors de ses premiers films :

15:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : bergman, antonioni, serrault
Bergman est passé à travers le miroir

La Mort dans Le Septième Sceau (1957)
... et voilà... l'un des 5 plus grands cinéastes de toute l'histoire du cinéma (chacun choisira les quatre autres à sa convenance) et le plus grand des "encore vivants", ne l'est plus...
Ingmar Bergman a fini par nous quitter quelques mois après nous avoir offert sa dernière "Sarabande".
Le Cinéma sans Bergman ? Impossible à imaginer. Qui mieux que lui, plus que lui, aura su allier le fond à la forme, les fusionnant jusqu'à l'hypnose du spectateur ?
Contrairement à sa réputation (têtue) de cinéaste intello, Bergman aura parlé et continuera à parler au plus profond de chaque être humain de ce qui est le plus banal, commun à tous les mortels : l'angoisse devant l'infernal couple vie/mort, l'impossible sauvetage par la fusion des êtres au sein d'un couple (on naît seul, on meurt seul), le refus des dogmes, mais aussi l'irrépressible besoin de bonheur et de comédie.
Bergman déprimant ? Allons donc ! Depuis quand la pure beauté alliée à l'intelligence la plus acérée aurait-elle le noir pouvoir de nous déprimer ? Bien sûr, on ne rigole pas en sortant de "Cris et Chuchotements" ou du "Silence". Mais cette apparent désespoir qui nous étreint se transforme vite en bonheur inoubliable. Celui d'avoir touché au plus près le génie, d'avoir croisé la route de l'homme qui aura tout compris de nous, à l'instar d'un Beckett en littérature. Découvrir un nouveau film de Bergman aura été et sera toujours un perpétuel éblouissement pour tout cinéphile. Un choc.
Bergman ne restera pas seulement comme le plus grand sondeur d'âmes du 7ème Art mais aussi comme un extraordinaire "metteur en images". Les mises en scènes de Bergman ? Elles sont à décortiquer plan par plan et résonnent d'un amour immodéré des acteurs. Bergman rime pour l'éternité avec Max, Gunnar, Erland et surtout, surtout ! avec Harriett, Ingrid, Liv, Bibi, Eva, Ulla, Maj-Britt, Gunnel...
Une preuve supplémentaire du génie de celui qui fut le plus grand portraitiste de femmes ? Il aura su patienter jusqu'à ce que Michel Serrault meurt et l'attende, sans doute, sur le premier nuage, pour l'accompagner... dieu sait où ! Serrault, notre clown le plus génial, et Bergman l'amateur de cirque... Quel couple !
Je reviendrai plus tard, plus en détail, sur Bergman via quelques critiques de films rapatriées de mon site Ecrans pour Nuits Blanches (à l'arrêt, mais toujours en place ici : http://pserve.club.fr/index.html

15:05 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Ingmar Bergman


