04.09.2007

Bush comique de l'année ?

On avait un peu perdu l'habitude des bourdes de George W. Bush. Il vient de rattraper tout son retard avec l'une des déclarations les plus comiques de l'année. En visite surprise en Irak, il a en effet martelé que les forces états-uniennes sur place pourraient être moins nombreuses si.... "les succès du type que nous observons se poursuivent". Observer dans la situation irakienne actuelle des "succès", voilà qui est - tragiquement - drôle.

On remarquera que Bush avoue tout de même la vérité sans s'en rendre peut-être compte : "Lorsque nous commencerons à diminuer les effectifs en Irak, nous le ferons dans une position de force et de succès et non dans une position de peur et d'échec. Agir autrement enhardirait nos ennemis et augmenterait la probabilité qu'ils nous attaquent sur notre sol".
Cette phrase prouve en effet que, premièrement, les Etats-Unis ne sont pas aujourd'hui "dans une position de force et de succès" mais se trouvent bien, au contraire, "dans une position de peur et d'échec" puisqu'aujourd'hui ils ne peuvent - ne veulent - retirer leurs forces. CQFD.

Pour Bush et son administration, le danger numéro un en Irak s'appelle Al-Qaida. Faut-il lui rappeler qui a introduit dans ce pays - grâce à son interventon armée at au chaos total qui s'en sest suivi - la nébuleuse terroriste dirigée par Oussama Ben Laden, jusque là totalement absente des lieux ?
 
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30.08.2007

Le Roi Lear - Gregori Kozintsev (1969)

 
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Korol Lir fut le dernier film de la longue carrière de Gregori Kozintsev, commencée avec des oeuvres expérimentales et délirantes au début des années 20 et achevée sur deux magistrales adaptations shakespeariennes. Sa version de Hamlet reste probablement la plus célèbre des deux, mais bon nombre de critiques considère son Roi Lear plus abouti encore. Avec une efficacité peut-être supérieure à n'importe quelle production scénique, le film, empreint d'une austère splendeur, révèle la stature majestueuse de la pièce. Il en tire le maximum sans jamais la trahir en aucune manière. Le Lear de Kozintsev demeure, dans toute sa force, le Lear de Shakespeare.

Selon les propos de Kozintsev lui-même : "Ce n'est pas seulement l'histoire d'un homme, c'est la tragédie du monde". Son but est de replacer Lear dans son contexte, en montrant que les arrangements et les caprices de la royauté amènent le désastre non seulement sur elle-même, mais également sur toute une nation.
Dans la séquence d'ouverture, un véritable cortège de vagabonds loqueteux (qui n'est pas sans nous rappeler la foule de suppliants progressant dans la neige de Ivan le terrible d'Eisenstein) trace son douloureux chemin vers le château de Lear. Plus tard, alors que la guerre et la destruction font rage à travers le paysage désolé, la population entière de Grande-Bretagne semble avoir été réduite à la misère et au sauve-qui-peut, le roi lui-même n'étant plus qu'un simple élément de cette foule. Les scènes finales se déroulent dans les ruines consumées de Douvres, dont les habitants, tandis que Lear meurt, continuent à fouiller les décombres, indifférents à ce qui n'est qu'un mort de plus après tant d'autres.

Sur un plan formel, le film est superbe de bout en bout. A l'aide d'une impressionnante photographie noir et blanc et grâce à l'utilisation du grand écran (format Sovscope 2.35), Kozintsev crée des compositions panoramiques qui font écho aux forces élémentaires générées par la pièce. Dans un plan en plongée d'une fulgurante beauté, la caméra semble même fusionner avec les éléments tandis qu'elle projette une lueur sur les silhouettes recroquevillées de Lear et du Fou trébuchant comme des aveugles à travers la bruyère balayée par la tempête. À d'autres moments, elle s'identifie au roi et à ses changements d'humeur, balayant vertigineusement l'espace avec lui vers les folles hauteurs des remparts ou exerçant un lent panoramique vers l'horizon  assombri comme dans l'appréhension de la tempête à venir.
 
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 Pour le rôle titre, l'acteur estonien Yuri Yarvet a été judicieusement choisi : petit, une allure d'oiseau aux yeux vifs, il semble au premier abord et de façon presque naïve peu fait pour sa charge. Pourtant, à la fin du film il acquiert de manière touchante une frêle noblesse, surmontant ses propres insuffisances au fur et à mesure qu'il gagne en compréhension.
Les autres rôles sont également bien caractérisés, enrichis de détails personnels, de l'embarras agité de Gloucester à l'innocence du Fou aux cheveux coupés ras.
Même pour les non russophones, la vigoureuse traduction de Pasternak conserve les rythmes et l'inflexion du vers de Shakespeare tandis que, toute puissance et énergie, la musique de Chostakovitch (la dernière de ses nombreuses participations à tant de films exceptionnels) complète parfaitement la conception épique de Kozintsev.

Il n'y a aucun compromis dans Korol Lir. Au niveau visuel, le film est totalement russe, du vrai Kozintsev. La "patte" du réalisateur de La Nouvelle Babylone, tourné 40 ans plus tôt, est clairement reconnaissable. Il applique une lecture marxiste du texte mais sans se montrer en aucune façon doctrinaire, ni en pervertissant le moins du monde les intentions de Shakespeare. Avec Le Château de l'Araignée de Akira Kurosawa (adaptation de Macbeth et sur laquelle je reviendrai bientôt) et son propre Hamlet tourné juste avant ce Lear, le film de Kozintsev offre un exemple rare d'une adaptation shakespearienne réussie, tout à la fois du superbe cinéma et du superbe Shakespeare.

Korol Lir
Urss, 1969, NB, Vo-stf, 2h19
Réalisation : Gregori Kozintsev
Scénario : Boris Pasternak (traduction en 1949) et Gregori Kozintsev, d'après la pièce de William Shakespeare
Photo : Jonas Gritsius
Musique : Dimitri Chostakovitch
Décor : Alexander Ney
Avec : Jüri Järvet (Lear), Oleg Dal (le Fou), Regimentas Adomaitis (Edmund), Valentina Shendrikova (Cordelia), Elze Radzinya (Goneril), Galina Volchek (Regan), Karl Sebris (Gloucester), Valdimir Yemelyanov (Kent)


29.08.2007

Retours et un triste départ

Retour sur les ventes d'armes, avec le "Diplo" 

Il y a trois semaines - le 5 août, entrée "Des armes aux larmes ?" - je m'alarmais sans mauvais jeu de mot de la décision des USA d'armer à tout va un bon nombre de pays arabes "amis", tout en renforçant de façon très conséquente le potentiel militaire d'Israël, jouant ainsi aux apprentis sorciers et nous préparant sans doute à un affrontement avec l'Iran.

L'éditorial de la nouvelle livrée du Monde Diplomatique (septembre), dont on ne redira jamais assez la nécessité d'existence en cette époque de presse hyper-consensuelle, revient sur le sujet via la plume d'Ignacio Ramonet. On peut le lire sur le site du mensuel.

 

Retour d'Arrêt sur Images... sur Internet ? 

Dans un dialogue avec les lecteurs en ligne de Libé, Daniel Schneidermann confirme que sa très précieuse émission - supprimée de la 5 avant l'été - devrait revenir, sous une forme ou une autre, sur le Net. Ceux qui, comme moi, font partie des 180 000 pétitionnaires en défense de ASI ne pourront que s'en réjouir.

 

Retour à la maison pour Guy Roux

Voilà, ça n'aura pas durer et vous n'y aurez pas échappé ce week-end : Guy Roux rend son tablier lensois tout beau, tout neuf après seulement cinq journées de championnat - assez minables pour le club artésien - et rentre dans ses terres bourguignonnes. Motif avancé par l'intéressé : il ne possède plus la "gniac" qui lui faisait piquer ses légendaires colères et motivait ses joueurs. La faute aux médicaments méta-bloquant qu'il est obligé d'ingurgiter.

Tout ceci ne serait qu'aimablement nostalgique (Guy Roux aura été un très grand entraîneur pendant plusieurs décennies à AJ Auxerre) si l'on ne se rappelait deux choses. Tout d'abord qu'il avait durement milité dans les années 70, alors qu'il présidait le syndicat des entraîneurs, pour imposer la retraite obligatoire à 65 ans afin de laisser la place aux jeunes entraîneurs au chômage. Ensuite qu'il avait donc repris du service à 68 ans, en déclenchant une vraie polémique publique puisque s'asseyant sur "sa" propre charte. Et, surtout, manipulant en sa faveur un véritable cirque médiatico-politique qui vit les montées au créneau pour sa défense de la ministre des sports Roselyne Bachelot, de celle de l'Economie, Christine Lagarde et surtout du Président de la République lui-même qui avait montré Guy Roux comme un véritable exemple, l'image de ces millions de Français encore dynamiques et qui ne demandent qu'à encore travailler (plus pour gagner plus ?). Comme exemple, c'est raté. Peut-être notre Président saura-t-il inviter Just Fontaine à rejouer avec les Bleus ? Je ne pense pas qu'il aille jusqu'à pousser Jacques Chirac à réoccuper l'Elysée en cas de mauvais résultats de sa part.

 

Pas de retour pour Antonio Puerta 

Un qui ne reviendra pas, hélas et pour rester dans le football mais sur une note bien plus tragique, est le jeune et talentueux international espoir espagnol Antonio Puerta. Le défenseur du F.C. Séville - vainqueur ces deux dernières saisons de la coupe de l'UEFA - est mort suite à un malaise cardiaque survenu en plein match de championnat ce samedi contrel'équipe de Getafe. Une dysplasie ventriculaire droite arythmogène, autrement dit une accélération brutale du coeur entraînant un phénomène de mort subite. Il avait 22 ans et le monde entier a pu voir les images du joueur perdre connaissance sur la pelouse puis parvenir à se relever avec l'aide des soigneurs. Mais une fois aux vestiaires, il tombait dans le coma. Il n'en est plus sorti. Il devait être père dans deux mois.