27.08.2007
Viva Zapata - Elia Kazan (1952)

USA, 1952, de Elia Kazan, NB, 113'
Scénario: John Steinbeck
Avec: Marlon Brando, Anthony Quinn, Jean Peters
"Mieux vaut mourir debout sur ses pieds que vivre à genoux" (Emiliano Zapata)
On ne se bouscule pas au panthéon des révolutionnaires purs, intègres, ceux que le temps n'a jamais entachés d'un quelconque soupçon au fil des années qui passent. S'il ne doit en rester qu'un, alors que l'élu soit Emiliano Zapata !
Né le 8 août 1879 à San Miguel Anencuilco, état de Morelos (Mexique), Emiliano appartient à une famille de classe moyenne et métisse. Orphelin à 17 ans, parlant le nahuatl (langue indienne locale) il développe une grande sensibilité à l'injustice et à l'oppression qu'il constate tout autour de lui. Les victimes en sont les peones, ces paysans pour la plupart indiens, exploités, expropriés, volés et massacrés par les grands propriétaires blancs, ceux des haciendas. Les terres indiennes, cultivées pour le maïs, nourriture quasi exclusive des Indiens, leur sont dérobées en but de faire pousser la cane à sucre, produit commercialisé et donc rentable.
Zapata, excellent dresseur de chevaux, est élu chef de son village en 1909. Bien qu'illettré, son intelligence naturelle et son charisme lui attire une grande popularité et il commence à assembler autour de lui l'embryon d'une armée de rebelles contre la sanglante dictature du tyran Porfirio Diaz, au pouvoir depuis 1876.
En 1909 (là où commence le film d'Elia Kazan), Francisco Madero, opposant politique à Diaz, en exil aux USA décide d'attaquer le pouvoir de Mexico. Il contacte Zapata pour s'assurer de son soutien armé dans le sud du pays. Zapata accepte et la révolution triomphe, envoyant le dictateur à son tour en exil à Paris.
Zapata se rend alors à Mexico et exige de Madero qu'il fasse pression sur le Président provisoire afin que celui-ci
tienne immédiatement la promesse de rendre aux paysans leurs terres selon le principe des ejidos (système traditionnel indien de gestion des terres). Madero demande du temps et le désarmement des groupes révolutionnaires dont celui de Zapata. Il propose en échange à Emiliano un ranch pour ses besoins personnels, offre que Zapata rejette. Ce dernier accepte cependant de commencer à désarmer avant de s'apercevoir à temps que l'armée a été envoyée pour écraser les guérilleros.Zapata qui a instauré dans les territoires sous son contrôle la répartition des terres, la création de coopératives et de conseils de villages démocratiquement élus, reprend donc les armes tandis que le pays tout entier sombre dans le chaos... En novembre 1911, il a établi le "Plan d'Ayala" (rédigé par un instituteur du nom de Otilio Montafio, plus tard fusillé sur l'ordre de Zapata pour trahison), le projet de réforme le plus radical de l'histoire du Mexique et qui popularise son cri de ralliement "Tierra y Libertad ! " (Terre et Liberté).
Madero se fait assassiner par le Général Huerta (1913) lequel se retrouve face à une coalition formée de Zapata, Pancho Villa (son alter-ego au nord), du général Obregon et Venustiano Carranza (coalition dite des "Constitutionnalistes"). Huerta prend la fuite (1914) mais le combat n'est pas terminé, Zapata et Villa affrontant maintenant Obregon. Les deux chefs guérilleros l'emportent et entrent ensemble à Mexico où, refusant d'exercer le pouvoir, ils aident à l'installation à la tête de l'Etat de Carranza. Mais celui-ci défend une vision bourgeoise de la Révolution et n'hésite à avoir recours à des moyens dignes d'un tyran pour détruire ses opposants.
La guerre civile va se poursuivre plusieurs années. Tandis que Pancho Villa rentre sagement dans le rang, Zapata continue à s'opposer seul avec ses fidèles... Il va le payer de sa vie le 10 avril 1919 lorsque, se rendant à un rendez-vous fixé par le Colonel Jesus Guajardo soi-disant rallié à sa cause, il tombe dans un piège bien monté à l'hacienda de Chinameca, au Morelos.
Mais l'homme criblé de balles et photographié mort (afin de convaincre ses partisans) est-il bien Zapata ? Ne s'est-il pas plutôt enfui sur son fameux cheval blanc dans la montagne comme le chantent les Indiens ? Zapata pas mort, il reviendra ! Et le soulèvement aussi spectaculaire qu'inattendue de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale au Chiapas le 1er janvier 1994 avec à leur tête le mythique Sous-commandant Marcos ("Nous voici, nous sommes la dignité rebelle, le coeur oublié de la patrie"), semble avoir donné raison à la légende et au mythe. Non, Zapata n'est pas mort, il vit encore et se bat... Viva Zapata !

Le film d'Elia Kazan, sur un scénario écrit par John Steinbeck (qui comparait Zapata à Jeanne d'Arc et au Christ), reste très fidèle à l'histoire du révolutionnaire mexicain malgré quelques (inévitables) raccourcis ou simplifications.
Appuyé sur une photographie (noir et blanc) somptueuse, il réussit à faire passer le souffle de la Révolution et l'âme aussi pure que déterminée de Zapata.
Dans le rôle, il bénéficie d'une formidable interprétation de Marlon Brando dont les yeux de braise (et artificiellement bridés) rappellent bien ceux du chef de l'Armée de Libération du Sud. Sa prestance emplie l'écran et elle n'est pas due qu'à la taille de l'acteur, bien plus imposante que celle de son modèle ! Sa performance reste sans doute l'une des meilleures et des plus spectaculaires de sa carrière, récompensée par un Prix d'interprétation au Festival de Cannes 1952 et une nomination à l'Oscar.
A ses côtés, dans le rôle de son frère, Anthony Quinn est tout aussi remarquable, ce qui lui valut un Oscar du meilleur second rôle.
VIVA ZAPATA ! est un excellent film à ne pas rater.
"Sur le bord du chemin
J'ai trouvé un lis blanc
J'ai trouvé un lis blanc
Je l'ai porté en offrande
Sur la tombe de Zapata."
Sur la tombe de Zapata."

Quelques sites pour aller plus loin sur Zapata:
. Sur la bio de Zapata (en français)
. Le site Wikipedia
. Sur le site international de la BBC:
Chant zapatiste à la gloire d'Emiliano Zapata:
Emission radio (en espagnol) sur Zapata, avec récits, témoignages (d'anciens compagnons et de son fils) et corridos (chants zapatistes)
18:05 Publié dans Critiques de films | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Zapata, zapatistes, Kazan, Brando, Quinn, Villa, Marcos


