29.08.2007

Retours et un triste départ

Retour sur les ventes d'armes, avec le "Diplo" 

Il y a trois semaines - le 5 août, entrée "Des armes aux larmes ?" - je m'alarmais sans mauvais jeu de mot de la décision des USA d'armer à tout va un bon nombre de pays arabes "amis", tout en renforçant de façon très conséquente le potentiel militaire d'Israël, jouant ainsi aux apprentis sorciers et nous préparant sans doute à un affrontement avec l'Iran.

L'éditorial de la nouvelle livrée du Monde Diplomatique (septembre), dont on ne redira jamais assez la nécessité d'existence en cette époque de presse hyper-consensuelle, revient sur le sujet via la plume d'Ignacio Ramonet. On peut le lire sur le site du mensuel.

 

Retour d'Arrêt sur Images... sur Internet ? 

Dans un dialogue avec les lecteurs en ligne de Libé, Daniel Schneidermann confirme que sa très précieuse émission - supprimée de la 5 avant l'été - devrait revenir, sous une forme ou une autre, sur le Net. Ceux qui, comme moi, font partie des 180 000 pétitionnaires en défense de ASI ne pourront que s'en réjouir.

 

Retour à la maison pour Guy Roux

Voilà, ça n'aura pas durer et vous n'y aurez pas échappé ce week-end : Guy Roux rend son tablier lensois tout beau, tout neuf après seulement cinq journées de championnat - assez minables pour le club artésien - et rentre dans ses terres bourguignonnes. Motif avancé par l'intéressé : il ne possède plus la "gniac" qui lui faisait piquer ses légendaires colères et motivait ses joueurs. La faute aux médicaments méta-bloquant qu'il est obligé d'ingurgiter.

Tout ceci ne serait qu'aimablement nostalgique (Guy Roux aura été un très grand entraîneur pendant plusieurs décennies à AJ Auxerre) si l'on ne se rappelait deux choses. Tout d'abord qu'il avait durement milité dans les années 70, alors qu'il présidait le syndicat des entraîneurs, pour imposer la retraite obligatoire à 65 ans afin de laisser la place aux jeunes entraîneurs au chômage. Ensuite qu'il avait donc repris du service à 68 ans, en déclenchant une vraie polémique publique puisque s'asseyant sur "sa" propre charte. Et, surtout, manipulant en sa faveur un véritable cirque médiatico-politique qui vit les montées au créneau pour sa défense de la ministre des sports Roselyne Bachelot, de celle de l'Economie, Christine Lagarde et surtout du Président de la République lui-même qui avait montré Guy Roux comme un véritable exemple, l'image de ces millions de Français encore dynamiques et qui ne demandent qu'à encore travailler (plus pour gagner plus ?). Comme exemple, c'est raté. Peut-être notre Président saura-t-il inviter Just Fontaine à rejouer avec les Bleus ? Je ne pense pas qu'il aille jusqu'à pousser Jacques Chirac à réoccuper l'Elysée en cas de mauvais résultats de sa part.

 

Pas de retour pour Antonio Puerta 

Un qui ne reviendra pas, hélas et pour rester dans le football mais sur une note bien plus tragique, est le jeune et talentueux international espoir espagnol Antonio Puerta. Le défenseur du F.C. Séville - vainqueur ces deux dernières saisons de la coupe de l'UEFA - est mort suite à un malaise cardiaque survenu en plein match de championnat ce samedi contrel'équipe de Getafe. Une dysplasie ventriculaire droite arythmogène, autrement dit une accélération brutale du coeur entraînant un phénomène de mort subite. Il avait 22 ans et le monde entier a pu voir les images du joueur perdre connaissance sur la pelouse puis parvenir à se relever avec l'aide des soigneurs. Mais une fois aux vestiaires, il tombait dans le coma. Il n'en est plus sorti. Il devait être père dans deux mois.

05.08.2007

Des armes aux larmes ?


Si j'étais encore un enfant ou tout simplement un homme que l'observation du monde n'avait pas privé de ces sentiments aujourd'hui suicidaires que sont l'innocence et la naïveté en politique et relations internationales, je poserais bien cette question : "A quoi jouent donc les Etats-Unis d'Amérique ?"
Je veux parler bien entendu de la décision du président Bush de gaver littéralement certains pays arabes d'armes les plus sophistiquées (pour une somme d'à peu près 20 milliards de dollars) tout en augmentant de 25% leur aide militaire à Israël, déjà surarmé par leur indéfectible allié.
Cela afin de monter un front contre l'Iran, aujourd'hui principal "axe du mal" selon la terminologie et les obsessions bushiennes.

Oui, à quoi jouent-ils donc à empiler la poudre dans une région en dégorgeant déjà par tous ses pores ? Est-ce ainsi que le Moyen Orient sera recomposé en grande région démocratique telle que le locataire de la Maison Blanche l'avait promis en envoyant ses forces armées en Irak ?

La folie irakienne, cette fusée à trois étages – l'intervention, la gestion de l'occupation, le chaos débouchant sur une guerre civile qui n'ose dire son nom – ainsi que le désastre palestinien provoqué par le soutien continu des Occidentaux et surtout des Etats-Unis à la politique colonialiste et intransigeante d'Israël, tout cela ne suffit donc pas à l'administration états-unienne. Prochaine étape annoncée : l'Iran (sans oublier un possible passage préalable ou concomitant par la Syrie).

Que l'Iran vive depuis plus de 25 ans sous la coupe d'un régime fondamentaliste ne se souciant guère du respect des droits de l'homme et des règles démocratiques est un fait acquis. Mais, rappelons-le, à qui la faute ? Qui, dans cet immense pays grand comme trois fois la France et aujourd'hui peuplé de 70 millions d'âmes, mit fin par un coup d'état en 1953 à un régime profondément réformateur, celui de Mohammad Mossadegh ?
La Grande-Bretagne et les Etats-Unis, via la C.I.A.
Afin de le remplacer par le Shah, qui instaura un régime basé sur la terreur politique. Soutenu politiquement et militairement par ceux qui l'avaient placé au pouvoir, le Shah favorisa par la dureté et les injustices de son régime le développement d'une opposition religieuse radicale, celle menée par l'ayatollah Khomeyni.
On connaît la suite.

L'autre danger – outre celui de la guerre – consiste à voir les oppositions les plus radicales se raidirent encore un peu plus dans les divers pays arabes face à des dirigeants vus par leurs populations comme serviles et liés aux intérêts occidentaux et surtout américains. En particulier là où les chiites se retrouvent majoritaires (Irak) ou du moins en forte minorité (Liban) mais pas seulement, les pays à large majorité sunnite ayant aussi leurs problèmes d'opposition interne, de l'Arabie Saoudite à l'Egypte, en passant par la Jordanie.
 
Les raisons à la colère de ces populations ne manquent pas :

- Le conflit israélo-palestinien, dont les moindres tentatives pour aboutir à un processus de paix et à la constitution d'un état palestinien dans les frontières d'avant 1967 sont régulièrement sabotées par le gouvernement israélien.
- la présence, vue comme sacrilège, de troupes à la bannière étoilée sur la terre sainte d'Arabie Saoudite (un blasphème pour les musulmans).
- le traitement réservé aux prisonniers d'Afghanistan ou d'Irak, sur place ou dans le camp de Guantanamo.
- l'incapacité des G.I.'s à apporter en Irak autre chose que le chaos.
- la non-intervention de l'administration Bush et des chefs occidentaux devant la construction du mur de la honte israélien en Palestine.
- l'invasion du Liban par Tsahal avec des moyens militaires totalement disproportionnés (comme les milliers de bombes à sous-munitions jonchant aujourd'hui le sol libanais).
- le jeu de zizanie sciemment provoqué, entretenu et attisé entre les différentes factions palestiniennes (Fatah et Hamas) mettant cette nation sans Etat au bord de la guerre civile.
 
Tout cela a semé une haine toujours grandissante et durable dans le cœur des populations arabes mais aussi au-delà, comme on le voit au Pakistan, pays de plus en plus au bord de l'explosion.

Pour contrer cet effet négatif, l'administration Bush tente donc de prouver aux Arabes que leur ennemi numéro un ne sont pas états-uniens ou plus généralement occidentaux ni israéliens, mais iraniens avec pour arguments à la clé : ils ne sont pas arabes puisque Perses, chiites et non-sunnites - argument surtout destiné à l'Arabie Saoudite - et ayant déjà installé un pouvoir islamiste et fondamentaliste, ce qui effraie au plus haut point les dirigeants saoudiens, irakiens, libanais, égyptiens, ainsi que les monarchies du golfe qui voient, jour après jour, leurs peuples être gangrenés par les idées extrémistes. Et pourtant, on ne saurait taxer la plupart des dirigeants de tous ces pays de démocrates !
Les sur-armer représente donc, en dehors des considérations morales appelant à condamner ce genre de négoce de la mort, une sorte de nouvelle version de roulette russe. Un suicide généralisé quasi assuré et, en tout cas, froidement mis en place par tous ces néocons (nouveaux conservateurs) qui ne sont plus aussi nouveaux que ça, d'ailleurs...

Si les Etats-Unis ne sont toujours pas arrivés à leur fin après cinq années de guerre et d'occupation en Afghanistan puis en Irak, là où ils devaient être accueillis aussi bien qu'en Normandie en 44, comment feraient-ils pour gérer une nouvelle situation de guerre sans qu'elle leur échappe presque inévitablement ? Avec à la clé un sérieux risque d'embrasement total du Liban et des Territoires occupés puis, par extension, de toute la région ?

On a beau se dire que dans un an Bush ne sera plus aux commandes, ainsi que Cheney, Rice et consorts, peut-on pour autant se sentir rassuré ? L'opposition démocrate s'affiche vindicative en paroles mais frileuse au Congrès alors qu'elle y est majoritaire. Quant à ses deux candidats les plus probables aux Présidentielles, Hillary Clinton et Barak Obama, ils ne semblent guère désireux de prendre le taureau par les cornes et de taper sur la table, là où tout a débuté et où tout pourrait peut-être - devrait sans doute - commencer à se solutionner : la Palestine.
C'est justement car ils sont candidats à une élection présidentielle qu'ils ne prendront pas le risque de s'aliéner le puissant lobby pro-israélien. Et tout continuera comme avant... dans le meilleur des cas si l'un des deux est élu. Car si c'est encore un Républicain... alors, cap vers le pire !

Des armes, pour combien de larmes encore ?