09.09.2007

Rugby : J + 1 (suite)

La première journée de matches de poule de cette 6ème Coupe du Monde de rugby s'est poursuivie et terminée de façon très festive – stades pleins, public aux anges, ambiance superbes - et avec son plein de points.

Pas de surprise au niveau des vainqueurs mais des résistances souvent surprenantes. Ainsi du Samoa qui, malgré le carton final (défaite 59-7) a mené la vie dure pendant plus d'une mi-temps à l'Afrique du Sud. Un combat physique intense pour le plus grand bonheur des spectateurs du Parc des Princes. Les Springboks ont impressionné et confirment leur statut de vainqueur final possible. Solides devant – il le fallait face aux impressionnants Samoans – ils ont brillé de mille feux par leurs lignes arrières, à l'image de leur fusée numéro 11, Habana, auteur de 4 essais, la moitié de ceux de son équipe. L'arrière Montgomery, lui, enquillait 29 pts dont deux essais. Reste un bémol à la fête, constaté sur d'autres terrains : l'arbitrage, systématiquement favorable aux grosses équipes. C'est ainsi que le flanker springbok aurait dû récolter un carton jaune, voire rouge, pour une énorme faute.
On bave déja d'envie à la perspective du prochain Afrique du Sud-Angleterre (vendredi).

Les Gallois, eux, ont eu beaucoup de mal face à de surprenants Canadiens qui ne voulaient pas être en reste après la bonne performance de leurs voisins états-uniens hier contre l'Angleterre. Après 50 minutes de jeu, les joueurs à la feuille d'érable créaient la sensation en menant 17-9 avec trois essais contre aucun à la clé ! Mais le poireau allait se redresser en alignant cinq essais en un quart d'heure pour finalement l'emporter 42-17. N'empêche, les Gallois devront beaucoup mieux jouer et surtout le faire plus tôt s'ils veulent battre les Fidji – que l'on hâte de voir – dans un match sans doute décisif pour la qualif'. Entre temps, ils auront affronté l'Australie et leur performance d'aujourd'hui autorise l'inquiétude.

Le Portugal en Coupe du Monde de rugby ! Qui pouvait s'y attendre ? Annoncée comme la plus faible équipe du tournoi – avec la Namibie – elle avait tout à craindre de ses grands débuts face à l'Ecosse. Les Portugais auront magnifiquement résisté toute une mi-temps  (28-10 au repos pour le chardon) avant de lâcher prise tout en continuant à pratiquer un beau jeu. Le score final (56-10), ne reflète pas vraiment le match et se retrouve flatteur pour les Ecossais. Ces derniers souffriront sans doute beaucoup face aux All Blacks. Bon, d'accord, les Portugais aussi vont souffrir contre les hommes en noir.

Enfin, on surveillait attentivement l'entrée en lice des deux prochains adversaires de la France que celle-ci devra battre impérativement après sa déconvenue tango : l'Irlande et la Namibie. Un carton en perspective. On se rappelait que l'équipe africaine avait pris un 64-7 il y a quatre ans face au trèfle et même un 142-0 contre l'Australie, record absolu en coupe du monde. Grosse surprise, les Namibiens firent mieux que résister, plantant deux essais et ne s'inclinant que 32-17. Les Irlandais ont tout de même pris leur point de bonus grâce à un quatrième essai en fin de match. Mais ils ne se seront guère rassurés

Bilan de ce premier week-end : les très gros venant du sud (All Blacks, Wallabies et Springboks) sont au rendez-vous. Les gros du nord (Angleterre, Irlande, Galles, Ecosse) gagnent mais souffrent. Les petits d'un peu partout prennent des déculottés mais enthousiasment le public par leur entêtement à résister et leur bel esprit du jeu.
La France, quand à elle, s'angoisse.

Pause jusqu'à mercredi où débuteront les gros bébés du Tonga, les acrobates des Fidji et les solides Roumains.
 
Et pour le plaisir, le Haka des All Blacks face à celui du Tonga
 

08.09.2007

Naufrage à Saint-Denis

La soirée avait très mal commencé avec la plus nullisssime des cérémonies d'ouvertures vues depuis des décennies, tous sports confondus. Un raté mémorable dont je ne prendrai même pas la peine de parler davantage. Elle s'est poursuivie avec un match catastrophique d'une équipe de France se faisant museler par une Argentine au jeu désespérément négatif mais parfaitement huilé.

Jamais les Français n'ont pu faire illusion. Incapable de varier leur jeu, tétanisés peut-être par l'enjeu, mettant plus d'une mi-temps à comprendre que le salut ne pouvait que passer par le jeu au large, ils ont bien devantage perdu le match que les Argentins ne l'ont gagné. Ce qui avait été un défaut récurrent lors des matches de préparation, à savoir les ballons tombés et trop vite perdus, s'est systématisé. Mais, surtout, on aura de quoi se poser beaucoup de questions sur ce jeu stéréotypé, prévisible, sans imagination. L'ancien joueur et sélectionneur Pierre Villepreux, véritable théoricien du rugby, déplorait avec justesse cette semaine dans Libération cette obssession qu'ont aujourd'hui toutes les équipes - dont la France - à jouer au sol. On prend le ballon, on fait un ou deux mètres et on se couche. C'est soporifique et tue l'esprit du jeu et même tout simplement le jeu. Les Argentins, qui ont décliné leur partition exactement comme attendu, au bémol près, n'attendaient que ça. Ils pouvaient ainsi pourrir le match. Ils ne s'en sont pas privés, comment le leur reprocher vu le résultat final à leur avantage ?

Comment les meneurs de jeu français - à commencer par le chef d'orchestre que doit être le demi de mêlée, ici Pierre Mignoni - ont-ils pu ainsi tomber dans le piège et ne pas comprendre la situation ? Certes, la deuxième mi-temps a vu du mieux - on imagine la colère de Bernard Laporte aux vestiaires à la mi-temps - mais seulement par intermittence et sans réel dynamisme. Les Français ont-ils pêché par arrogance comme le leur reprochent souvent nos amis anglais ? Peut-être. A vrai dire, peu importe. La leçon est sévère pour ne pas dire cuisante. La faute n'en incombe pas seulement aux joueurs bien sûr. Le staff a sa part de responsabilité dans la préparation puis l'exécution du match. Pourquoi a-t-il fallu attendre les 7 dernières minutes pour voir enfin Mignoni, complètement à côté du match, se faire remplacer par Elissalde ? Chabal, lui, était entré seulement trois minutes auparavant et on a pourtant vu tout ce qu'il pouvait apporter. Il faudra que Bernard Laporte et Jo Maso s'expliquent là-dessus.

Si les Français ont été totalement décevants - la manière est beaucoup plus inquiétante que la simple défaite -, que dire sur les Argentins ? Bravo à eux car ils ont appliqué et tenu leur plan à la lettre et gagné. Mais dieu que leur rugby est triste ! Ils n'ont pensé qu'à maintenir les Français dans leur camp en monopolisant la balle au sol, à les faire déjouer et à taper des chandelles. Hernandez, leur demi d'ouverture ,que les médias ne cessaient d'annoncer comme un magicien, un génie, l'un des meilleurs joueurs du monde, n'aura rien montré si ce n'est ces fichus chandelles. Mais il a gagné et seule la victoire est belle.

Cette défaite met l'équipe de France dans une situation très délicate. Elle se trouve maintenant le dos au mur, dans l'obligation absolue de battre la redoutable Irlande le 21 septembre. Tout autre résultat l'éliminerait dès le premier tour, catastrophe unique à ce niveau. On n'ose imaginer le tremblement de terre qui suivrait dans la sphère de l'ovalie nationale. Mais la victoire ne suffira pas. Il faudra espérer que les hommes au trèfle battent les Pumas argentins le 30. Sinon, pour l'éventuel 1/4 de finale - désormais le mot éventuel s'imposera pendant trois longues semaines - ce ne serait pas Saint-Denis face à l'Ecosse ou l'Italie, mais Cardiff contre... les All Blacks. Et là, ce serait une toute autre chanson !

Le Puma a dévoré le Coq. Le Coq doit maintenant se préparer à cueillir le Trèfle. Ce ne sera pas facile. En n'oubliant pas qu'aucun champion du monde précédent n'a jamais perdu un match de poule. Annoncé triomphant, le rugby français va-t-il sombrer ? Le coq arrivera-t-il à sortir de la poule ?