11.09.2007

L'affaire de la lettre de Guy Moquet : l'indécence de Bernard Laporte et l'ombre de Sarkozy

Donc, quelques heures avant le coup d'envoi du match France-Argentine qui inaugurait la 6ème Coupe du Monde de Rugby, l'encadrement du XV de France – Bernard Laporte en tête – choisit de faire lire aux joueurs français en pleine préparation mentale, la lettre du jeune résistant Guy Môquet, écrite à ses parents juste avant son exécution par les Nazis en 1941.

Avec un sens de la psychologie très aiguë,  le sélectionneur désigna Clément Poitrenaud comme lecteur. On se souvient que celui-ci est le seul arrière de métier sélectionné dans le groupe France – un pari plus qu'osé, devenu incompréhensible quand il n'est même pas appelé à jouer face aux Pumas argentins. Le lui demander à lui qui devait être dans un état moral proche de l'Ohio, était incontestablement très délicat.

La décision de faire lire cette lettre si dramatique pose plusieurs problèmes. Je passerai rapidement sur le premier, d'ordre psychologique. Alors qu'il fallait garder ses joueurs concentrés sur le match tout en les aidant à ne pas se crisper mais à se détendre, il choisit de leur balancer un texte qui leur tire les larmes des yeux. On sait depuis la dernière coupe du monde et sa demi-finale perdue contre l'Angleterre que cet encadrement ne sait absolument pas gérer les avant-matches des Bleus, en voici encore une preuve.

Mais ce premier aspect des choses est certainement le moins important. Car que révèle-t-il ? La bêtise –  pour le moins – de Bernard Laporte. Avec quelle conséquence ? Une défaite en match de rugby, ce que voulait précisément éviter Bernard Laporte. Une défaite, c'est tout. Même si elle peut entraîner une élimination dès le premier tour, même si elle s'avère catastrophique pour le rugby français, cela ne relève que du sport. Il n'y a pas et il n'y aura pas mort d'homme.

Guy Môquet, lui, est mort. Pour de vrai. Fusillé par des types devenus des barbares et nommés Nazis. Il n'a pas seulement été bousculé en mêlée par des Argentins ou cloué au sol par des chandelles. Il est mort. Le rapprochement – quelle qu'en soit la trouble raison que puisse apporter Bernard Laporte – entre ce terrible destin et son horrible contexte d'une part, et un simple match de rugby où l'adversité devient une guerre (le trop fameux "esprit de combat" cher au sélectionneur), alors que le monde de l'Ovalie est précisément celui du respect absolu de l'adversaire, ce rapprochement est tout à la fois indécent et abject. Il donne envie de vomir et, quelle que soit l'issue de ce tournoi, disqualifie définitivement Bernard Laporte comme homme de valeur. On en arriverait presque à souhaiter que cette équipe ne soit pas championne du monde afin d'éviter à cet homme de pouvoir retomber sur ses pieds et retirer des lauriers qu'il ne méritera pas. Pour ne pas en arriver à un souhait pareil, il faut vraiment aimer le rugby et respecter les joueurs qui, eux, n'y sont pour rien et se préparent depuis quatre ans.

Bêtise, indécence mais aussi interrogation politique. Car on ne peut pas faire comme si de rien n'était. Bernard Laporte a été nommé Secrétaire d'Etat aux Sports par Nicolas Sarkozy. Ce poste, il l'occupera dès que l'équipe de France sera éliminée ou – si elle gagne – une fois la finale passée. Je passe là encore sur les craintes pour le sport français que la nomination d'un tel monsieur à ce poste peut faire naître.

Plus grave, me semble-t-il – et je suis très loin d'être le premier à m'en émouvoir – est qu'il ait choisi de faire lire précisément cette lettre . Faut-il rappeler que, fraîchement élu, le nouveau Président de la République a fait lire cette même lettre le jour de son investiture et a exigé qu'elle soit lue dans toutes les classes de France ? Comment alors ne pas s'interroger ? Soit Bernard Laporte – qui n'est pas seulement un sélectionneur-hommes d'affaires et futur secrétaire d'état, mais aussi un ami qu'on nous dit "proche" de Nicolas Sarkozy – a fait preuve d'un zèle que lui-même dans son langage fleuri qualifierait digne d'un lèche-cul, soit il l'a fait sur le conseil avisé de son ami le Président qui, comme chacun le sait, est aujourd'hui lui-même le plus grand sportif de France et a, de toute façon, la réponse à TOUS les problèmes de chaque Français, à commencer sans doute par l'équipe nationale de rugby puisqu'il est omnipotent, omniprésent et omniscient. J'en profite pour dire que ceux d'entre vous qui n'avaient pas vu et entendu Catherine Nay déclarer sans rire sur C+ (dans la défunte émission de Pascale Clark, "En aparté") que Nicolas Sarkozy était un incroyable "sportif de TRES haut niveau",  avait raté un grand moment.

Preuve s'il le fallait encore de l'indigence de Bernard Laporte : il a déclaré qu'il était hors de question de changer le système de jeu français. On va donc continuer à voir les joueurs français rentrer dans le lard de leurs adversaires, jouer "au ras", "dans l'axe", "fixer l'adversaire" et chercher davantage à le "châtier", plutôt qu'à envoyer les 3/4... jouer, au sens plein du terme.
 
Je laisserai à Tonton George le dernier mot : 
 


09.09.2007

Rugby : J + 1 (suite)

La première journée de matches de poule de cette 6ème Coupe du Monde de rugby s'est poursuivie et terminée de façon très festive – stades pleins, public aux anges, ambiance superbes - et avec son plein de points.

Pas de surprise au niveau des vainqueurs mais des résistances souvent surprenantes. Ainsi du Samoa qui, malgré le carton final (défaite 59-7) a mené la vie dure pendant plus d'une mi-temps à l'Afrique du Sud. Un combat physique intense pour le plus grand bonheur des spectateurs du Parc des Princes. Les Springboks ont impressionné et confirment leur statut de vainqueur final possible. Solides devant – il le fallait face aux impressionnants Samoans – ils ont brillé de mille feux par leurs lignes arrières, à l'image de leur fusée numéro 11, Habana, auteur de 4 essais, la moitié de ceux de son équipe. L'arrière Montgomery, lui, enquillait 29 pts dont deux essais. Reste un bémol à la fête, constaté sur d'autres terrains : l'arbitrage, systématiquement favorable aux grosses équipes. C'est ainsi que le flanker springbok aurait dû récolter un carton jaune, voire rouge, pour une énorme faute.
On bave déja d'envie à la perspective du prochain Afrique du Sud-Angleterre (vendredi).

Les Gallois, eux, ont eu beaucoup de mal face à de surprenants Canadiens qui ne voulaient pas être en reste après la bonne performance de leurs voisins états-uniens hier contre l'Angleterre. Après 50 minutes de jeu, les joueurs à la feuille d'érable créaient la sensation en menant 17-9 avec trois essais contre aucun à la clé ! Mais le poireau allait se redresser en alignant cinq essais en un quart d'heure pour finalement l'emporter 42-17. N'empêche, les Gallois devront beaucoup mieux jouer et surtout le faire plus tôt s'ils veulent battre les Fidji – que l'on hâte de voir – dans un match sans doute décisif pour la qualif'. Entre temps, ils auront affronté l'Australie et leur performance d'aujourd'hui autorise l'inquiétude.

Le Portugal en Coupe du Monde de rugby ! Qui pouvait s'y attendre ? Annoncée comme la plus faible équipe du tournoi – avec la Namibie – elle avait tout à craindre de ses grands débuts face à l'Ecosse. Les Portugais auront magnifiquement résisté toute une mi-temps  (28-10 au repos pour le chardon) avant de lâcher prise tout en continuant à pratiquer un beau jeu. Le score final (56-10), ne reflète pas vraiment le match et se retrouve flatteur pour les Ecossais. Ces derniers souffriront sans doute beaucoup face aux All Blacks. Bon, d'accord, les Portugais aussi vont souffrir contre les hommes en noir.

Enfin, on surveillait attentivement l'entrée en lice des deux prochains adversaires de la France que celle-ci devra battre impérativement après sa déconvenue tango : l'Irlande et la Namibie. Un carton en perspective. On se rappelait que l'équipe africaine avait pris un 64-7 il y a quatre ans face au trèfle et même un 142-0 contre l'Australie, record absolu en coupe du monde. Grosse surprise, les Namibiens firent mieux que résister, plantant deux essais et ne s'inclinant que 32-17. Les Irlandais ont tout de même pris leur point de bonus grâce à un quatrième essai en fin de match. Mais ils ne se seront guère rassurés

Bilan de ce premier week-end : les très gros venant du sud (All Blacks, Wallabies et Springboks) sont au rendez-vous. Les gros du nord (Angleterre, Irlande, Galles, Ecosse) gagnent mais souffrent. Les petits d'un peu partout prennent des déculottés mais enthousiasment le public par leur entêtement à résister et leur bel esprit du jeu.
La France, quand à elle, s'angoisse.

Pause jusqu'à mercredi où débuteront les gros bébés du Tonga, les acrobates des Fidji et les solides Roumains.
 
Et pour le plaisir, le Haka des All Blacks face à celui du Tonga
 

08.09.2007

Rugby : J + 1

"L'accident"

Retour sur France-Argentine (12-17). On apprend par la bouche de l'ancien international Laurent Bénézech via le site de L'Equipe où il est consultant, que la gestion d'avant-match mis en place par le staff tricolore avait été calamiteuse. Plutôt que de détendre les joueurs, Bernard Laporte et ses adjoints crurent judicieux de  les placer dans un état d'émotion délibéré. "Le problème est que l'encadrement a voulu en rajouter et a fait lire au groupe la lettre de Guy Moquet, ce qui a créé un surplus d'émotion. Les joueurs avaient les larmes aux yeux. Le match était quasiment cinq heures après. Il y a eu aussi la remise des maillots aux huit joueurs qui étaient dans les tribunes, cette cassure, donc, dans le groupe des trente, deuxième pic émotionnel. Et ce qui devait arriver est arrivé : les joueurs étaient vidés au moment du match."

Si la mémoire de Guy Moquet mérite d'être honorée – et elle n'a d'ailleurs pas attendu son "officialisation" par le nouveau Président de la République pour l'être – le faire dans ce contexte précis et dans ce but devient une instrumentalisation plus qu'incongrue : indécente et stupide. Cette surenchère à l'émotion que l'on nous sert sans discontinuer depuis des mois commence à devenir fatiguante. Question bien sûr sur toutes les lèvres mais qu'aucun média n'ose poser : cette mauvaise idée a-t-elle été soufflée au sélectionneur et futur secrétaire d'état aux sports  par son excellent ami et futur patron – puisque le Premier Sinistre, selon le mot de Coluche, n'existe plus de fait – Nicolas Sarkozy ?
En tout cas, après une nuit de réflexion et visionnage du match de la veille, Bernard Laporte, Jo Maso et Fabien Pelous sont tombés d'accord : la défaite relève de "l'accident" et c'est la faute à la "pression". Cette bonne vieille pression, ça faisait longtemps qu'on ne nous l'avait pas resservie. Attention, car la pression avec ou sans mousse, les Irlandais ça les connaît.
Les paroles – fleuries – et pleines de bon sens sont venues du pétillant Daniel Herrero au journal de la mi-journée sur France 3.

Quand Tout Noir rime avec Lumière.

Un pur régal. Admirer les All Blacks face à l'Italie (76-14) n'a pu que réjouir tout amoureux du rugby. Les Néo-Zélandais se sont livrés à la démonstration attendue, espérée, et redoutée par nos cousins transalpins. Inscrivant 11 essais, tous plus beaux les uns que les autres - le premier dès la 1ère minute de jeu - menant 38-0 après seulement 19 minutes, les hommes à la fougère argentée ont enthousiasmé les 60 000 spectateurs du Stade Vélodrome à Marseille. Face à des Italiens K.O. d'entrée mais qui eurent l'immense mérite de s'accrocher, de jouer et de savoir finir fort avec deux essais à la clé, les All Blacks ont fait étalage de leurs plus grandes qualités : soutien constant au porteur du ballon, rapidité, implacable précision des passes, puissance physique dans les regroupements et toujours cet amour du jeu qui les pousse à accélérer sans cesse en faisant vivre le ballon. Je répète : un régal. On se souvient des propos du grand et mythique capitaine Black des années 60, Brian Lochore, qui déclarait que la plus belle marque de respect envers un adversaire quel qu'il soit était de ne jamais "lever le pied" et si on pouvait lui passer 100 points, de le faire. Ce credo irradie toujours le jeu des hommes en noir. A mille lieux de cette arrogance trop souvent à l'œuvre par ailleurs, suivez mon regard...

Carton plein dans la poche australienne


Les Wallabies australiens doivent aussi avoir beaucoup de respect pour les Japonais. Ils n'ont pas eu à forcer leur talent pour faire voler en éclat les fleurs de cerisier. Match à sens unique, beaucoup plus déséquilibré que le précédent, les progrès du rugby nippon étant très loin d'atteindre ceux de l'Italie. A l'arrivée, 13 essais et un score astronomique de 91 à 3. Un match trop facile qui empêche de vraiment juger  cette équipe d'Australie. En comparaison et vu l'adversité, les All Blacks m'ont paru bien plus impressionnants.

 Une Rose pâlichonne

 La surprise est venue du stade Bollaert à Lens où la Rose anglaise, championne du monde en titre, a été sérieusement bousculée par les Aigles états-uniens. Certes les Anglais ont gagné mais n'ont marqué que trois essais – contre un – pour un score finale de 28-10. Les USA ont montré des qualités certaines : dynamisme, rapidité, volonté, solidarité. L'Angleterre, elle, privée de Johnny Wilkinson, aura sérieusement besoin d'élever la qualité de son jeu lors de ses prochains matches. Sinon, une correction pourrait l'attendre face aux Springboks sud-africains.

Et maintenant, place au foot et à Italie-France...

Naufrage à Saint-Denis

La soirée avait très mal commencé avec la plus nullisssime des cérémonies d'ouvertures vues depuis des décennies, tous sports confondus. Un raté mémorable dont je ne prendrai même pas la peine de parler davantage. Elle s'est poursuivie avec un match catastrophique d'une équipe de France se faisant museler par une Argentine au jeu désespérément négatif mais parfaitement huilé.

Jamais les Français n'ont pu faire illusion. Incapable de varier leur jeu, tétanisés peut-être par l'enjeu, mettant plus d'une mi-temps à comprendre que le salut ne pouvait que passer par le jeu au large, ils ont bien devantage perdu le match que les Argentins ne l'ont gagné. Ce qui avait été un défaut récurrent lors des matches de préparation, à savoir les ballons tombés et trop vite perdus, s'est systématisé. Mais, surtout, on aura de quoi se poser beaucoup de questions sur ce jeu stéréotypé, prévisible, sans imagination. L'ancien joueur et sélectionneur Pierre Villepreux, véritable théoricien du rugby, déplorait avec justesse cette semaine dans Libération cette obssession qu'ont aujourd'hui toutes les équipes - dont la France - à jouer au sol. On prend le ballon, on fait un ou deux mètres et on se couche. C'est soporifique et tue l'esprit du jeu et même tout simplement le jeu. Les Argentins, qui ont décliné leur partition exactement comme attendu, au bémol près, n'attendaient que ça. Ils pouvaient ainsi pourrir le match. Ils ne s'en sont pas privés, comment le leur reprocher vu le résultat final à leur avantage ?

Comment les meneurs de jeu français - à commencer par le chef d'orchestre que doit être le demi de mêlée, ici Pierre Mignoni - ont-ils pu ainsi tomber dans le piège et ne pas comprendre la situation ? Certes, la deuxième mi-temps a vu du mieux - on imagine la colère de Bernard Laporte aux vestiaires à la mi-temps - mais seulement par intermittence et sans réel dynamisme. Les Français ont-ils pêché par arrogance comme le leur reprochent souvent nos amis anglais ? Peut-être. A vrai dire, peu importe. La leçon est sévère pour ne pas dire cuisante. La faute n'en incombe pas seulement aux joueurs bien sûr. Le staff a sa part de responsabilité dans la préparation puis l'exécution du match. Pourquoi a-t-il fallu attendre les 7 dernières minutes pour voir enfin Mignoni, complètement à côté du match, se faire remplacer par Elissalde ? Chabal, lui, était entré seulement trois minutes auparavant et on a pourtant vu tout ce qu'il pouvait apporter. Il faudra que Bernard Laporte et Jo Maso s'expliquent là-dessus.

Si les Français ont été totalement décevants - la manière est beaucoup plus inquiétante que la simple défaite -, que dire sur les Argentins ? Bravo à eux car ils ont appliqué et tenu leur plan à la lettre et gagné. Mais dieu que leur rugby est triste ! Ils n'ont pensé qu'à maintenir les Français dans leur camp en monopolisant la balle au sol, à les faire déjouer et à taper des chandelles. Hernandez, leur demi d'ouverture ,que les médias ne cessaient d'annoncer comme un magicien, un génie, l'un des meilleurs joueurs du monde, n'aura rien montré si ce n'est ces fichus chandelles. Mais il a gagné et seule la victoire est belle.

Cette défaite met l'équipe de France dans une situation très délicate. Elle se trouve maintenant le dos au mur, dans l'obligation absolue de battre la redoutable Irlande le 21 septembre. Tout autre résultat l'éliminerait dès le premier tour, catastrophe unique à ce niveau. On n'ose imaginer le tremblement de terre qui suivrait dans la sphère de l'ovalie nationale. Mais la victoire ne suffira pas. Il faudra espérer que les hommes au trèfle battent les Pumas argentins le 30. Sinon, pour l'éventuel 1/4 de finale - désormais le mot éventuel s'imposera pendant trois longues semaines - ce ne serait pas Saint-Denis face à l'Ecosse ou l'Italie, mais Cardiff contre... les All Blacks. Et là, ce serait une toute autre chanson !

Le Puma a dévoré le Coq. Le Coq doit maintenant se préparer à cueillir le Trèfle. Ce ne sera pas facile. En n'oubliant pas qu'aucun champion du monde précédent n'a jamais perdu un match de poule. Annoncé triomphant, le rugby français va-t-il sombrer ? Le coq arrivera-t-il à sortir de la poule ?
 

 

06.09.2007

Souvenirs de Rugby


En 1968, le XV de France, emmené par son capitaine toulonnais Christian Carrère et ses joueurs-vedettes Jo Maso, Walter Spanghero, Guy et Lilian Camberabero, Benoît Dauga, Pierre Villepreux et Jean "Peter Pan" Gachassin, enlevait pour la première fois le Grand Chelem de ce qui était alors le Tournoi des 5 Nations.
Je m'intéressais déjà au rugby depuis deux ans, converti en partie par l'enthousiasme cathodique et contagieux de l'inimitable Roger "allez les petits" Couderc et de l'autre par les progrès locaux du Racing Rugby Club de Nice qui n'allait pas tarder à accéder enfin à la première division.
J'avais 13 ans et bien que footeux de base – je le suis resté – j'intégrais avec plusieurs copains l'école de rugby du RRCN. Ma petite taille me désigna vite demi de mêlée. Mon idole et modèle devint le Gallois Gareth Edwards, autant viser haut.

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Le blogueur en chef est frappé d'une croix noire. Je dédie cette photo à mon regretté ami Jean-Jacques,
juste derrière moi sur la photo.


Mon premier choc émotionnel lié au rugby me vint à la fin d'un tournoi à 7. Nos éducateurs nous projetèrent un film sur la tournée des Lions Britanniques en Nouvelle Zélande. C'était la première fois que je voyais en action les fameux, les mythiques All Blacks, ces valeureux guerriers dont on dit que leur tenue noire porte le deuil de leurs adversaires. Je découvris, émerveillé et effrayé à la fois, leur tétanisant Haka. Puis je compris ce que voulait dire "enfoncer l'adversaire" et "faire reculer une mêlée" sur vingt mètres. Ces joueurs semblaient sortis d'une autre planète. Ils étaient les dieux du Rugby et le sont restés, même s'ils ne gagnent pas toujours. Quoiqu'on fasse et dise, il y aura toujours les All Blacks et les autres. Les battre devient alors un exploit incommensurable, forcément inoubliable.

Mes plus grands souvenirs de rugby – en tant que spectateur – sont donc tout d'abord forcément associés aux hommes en noir et... aux exploits presque blasphématoires des joueurs français face à eux.


En premier, le 14 juillet 1979. Je suis au service militaire, à Metz, bien loin de ma Côte d'Azur. Dimanche matin, une télé dans la chambrée. Je suis bizarrement le seul à être resté voir le match. Eden Park, Auckland. Les Français n'ont encore jamais battu les Blacks chez eux. Le match est un rêve. Emmené par "Casque d'Or", l'emblématique capitaine Jean-Pierre Rives, les Bleus bousculent leurs adversaires, marquent quatre essais contre deux et l'emportent 24-19 devant 57 000 spectateurs médusés. L'exploit impensable un 14 juillet. Difficile de faire mieux.



Le deuxième souvenir, dans l'ordre chronologique, fait une infidélité aux All Blacks. Tournoi des 5 nations 1987. Je suis dans les tribunes du mythique stade de Twickenham. Déjà à Londres depuis un an, je suis accompagné de toute une famille d'amis anglais, tous fervents supporters du XV à la Rose, bien sûr. L'ambiance est magnifique, festive, populaire et chaleureuse. Mes amis m'offrent une énorme cocarde tricolore frappée du coq gaulois. Le match est très tendu, comme toutes les rencontres entre ces deux nations. Les deux équipes sont à égalité et la pression des Anglais est énorme. Mais à un quart d'heure de la fin, voilà que Philippe Sella, le plus grand "centre" du monde, réussit une interception de génie et après une course de 70 mètres aplatit dans l'en but, en "terre promise" comme disait Roger Couderc. La France gagne à Twickenham et réussira le Grand Chelem. Je suis aux anges, mes amis sont atterrés mais fair-play.



Souvenir suivant toujours vécu en direct de Londres, la même année mais devant la télé, à l'aube. Première Coupe du Monde retransmise par la BBC en direct d'Australie et de Nouvelle-Zélande. Demi-finale. Les Bleus contre les Wallabies australiens. Le match fou, l'égalité parfaite, la marche vers l'inévitable prolongation car on joue la dernière minute. Et alors une attaque de fous comme seuls les Frenchies peuvent en inventer – ce n'est pas moi qui le dit mais les Anglais, plus admiratifs qu'on ne le croit – et le Pelé du Rugby (on ne connaissait pas encore Zidane), Serge Blanco qui aplatit en coin. La France en finale ! Peu importe ou presque qu'elle la perde ensuite logiquement contre les All Blacks.



1991. A nouveau le tournoi, à nouveau les Anglais, à nouveau Twickenham. Ce jour là, Philippe Saint-André conclut l'essai du siècle, un essai de 100 mètres, parti de l'en-but tricolore. Et dire que certains croient encore que le Rugby n'est qu'un sport de brutes ! A ce niveau, c'est de l'Art.



3 juillet 1994. Retour en Nouvelle-Zélande. Quinze ans après l'exploit de Rives and Co, les Français remettent ça mais cette fois ils enfoncent le clou en battant les Blacks dans les deux test-matches ! Dans le premier, les Bleus se sont imposés 22-8. Mais l'exploit gravé à jamais dans les annales surgit au deuxième test, une semaine plus tard. C'est l'"essai du bout du monde" comme on le nommera. Encore un mouvement fou et collectif parti des 22 mètres français, initialisé par le "goret" Saint-André et terminé par Sadourny.



Je passe sur le pénible souvenir de l'essai manqué à la dernière seconde et pour 10 petits centimètres par le bon géant Abdelatif Benazzi en demi-finale de Coupe du Monde à Durban sous un véritable déluge. La tristesse fut compensée par la joie de voir toute une nation – l'Afrique du Sud – fêter la victoire de son équipe (pourtant entièrement "blanche" à une seule exception près) - et voir un Nelson Mandela enfin sorti des geôles de l'apartheid et Président vêtu du maillot des Springboks remettre la coupe au capitaine Pinaar.

Je finirai alors sur la demi-finale de la Coupe du Monde 1999. Encore et toujours Twickenham qui, décidément, sait pousser les Froggies aux exploits les plus improbables.
31 octobre de légende où l'on retrouve les terribles All Blacks de Lomu, Tumaga et autres Mehrtens, Kronfeld ou Randell. Bref, les meilleurs au monde. Les Français séduisent et marquent un superbe essai en première mi-temps (Lamaison) mais le monstre Jonah Lomu en marquent deux et les Blacks ont 14 points d'avance à peine la deuxième mi-temps commencée. Les Bleus font alors chavirer le stade en alignant 26 points d'affilée : deux drops en deux minutes suivis de deux pénalités, le tout réussi par Lamaison  (28 points au total inscrits de toutes les manières possibles, ce que l'on nomme un "full house"). Puis c'est le feu d'artifice avec trois essais d'anthologie signés Dominici, Dourthe et Bernat-Salles. Les Blacks sont surclassés et terminent hagards, battus 43-31. Comme en 87, la France ratera sa finale, épuisée par l'avant-dernière marche.

Espérons que 2007 voit cette fois... l'essai transformé !


 


 

05.09.2007

La Terre va tourner, ovale.

48 heures. L'excitation monte, l'impatience atteint son point culminant. Dans 48 heures, débute la sixième Coupe du Monde de Rugby.


Si la Vie n'est qu'un court songe évanescent, tissé plus souvent de cauchemars que de doux rêves, les petites bulles de bonheur que l'Homme s'y crée de loin en loin possèdent le parfum des plus belles roses. Si le premier baiser échangé avec l'être dont on rêve depuis des nuits ou la naissance d'un enfant sont à coup sûr des moments inoubliables et inégalables, il existe d'autres plaisirs immédiats qui savent nous faire oublier la grisaille du quotidien et notre triste destin. N'en déplaise aux – nombreux – rabat-joie, les grandes compétitions sportives en font partie. Jeux Olympiques, Coupe du Monde de Football et, donc, de Rugby. Leur espacement dans le temps, tous les quatre ans, les rend d'autant plus précieuses et attendues. Bien sûr, il ne s'agit pas d'ignorer les éléments qui peuvent éventuellement y être attachés (dopage, violence, tricherie, business). Refuser de voir ces aspects sombres serait aussi stupide et condamnable que de vouloir les systématiser. Au-delà des enthousiasmes patriotiques, voire nationalistes et que bien des pouvoirs politiques ont su utiliser à leurs propres fins, existent à ces occasions une vraie fraternité des peuples qu'il serait vain de nier. Et lorsque la fête tourne à l'aigre (Mondial 78 en Argentine de la dictature, J.O. de Mexico en 68, quinze jours après l'assassinat par l'armée de centaines d'étudiants, J.O. de Moscou en 80 et Los Angeles en 84, gâchés par les boycotts "guerre froide" des Occidentaux puis de l'Urss et de ses alliés) ou plus encore au pur drame (J.O. de Munich 72, d'Atlanta 96), le responsable n'est jamais le sport en lui-même mais bien les pouvoirs ou puissances politiques qui le prennent en otage. Il en va de même avec ces imbéciles de hooligans, tels que ceux qui s'en prirent gravement à un gendarme à Lens lors du mondial de foot 98. Les hooligans ne sont PAS le football, comme le dopage n'est PAS le cyclisme.


Le sport est donc une fête et doit le rester, même si c'est de plus en plus difficile à l'heure où les idoles chutent les unes après les autres pour les raisons évoquées plus haut. L'athlétisme et le cyclisme sont les plus touchés mais rien ne dit que football et rugby soient aussi "propres" que les contrôles anti-dopages veulent bien nous le dire, match après match. Bien sûr, on a maintenant tendance à se méfier de tout et de tous, à commencer de ceux qui gagnent, surtout s'ils ne sont pas français !


Quoi qu'il en soit, dans 48 heures, la France commencera à vivre – du moins je l'espère comme tant d'autres – un climat de fête qui durera six semaines, jusqu'à la finale du 20 octobre. Pour peu que la France soit sacrée championne du monde pour la première fois de son histoire, cette fête pourrait jouer les prolongations comme en 98. Et comme en 98 on ne la boudera pas mais sans oublier les réalités, le quotidien de millions d'entre nous, de tous ceux qui vivent dans la rue et/ou qui se cachent pour éviter les contrôles et les expulsions, la réalité d'une politique qui se met chaque jour plus en place, des conflits sanglants en cours ou promis à venir, charriant leur cortège ininterrompu de victimes. Pour tous ceux là, la fête n'existera pas. Il sera bon de s'en souvenir. Sans jouer aux hypocrites. Sans bouder pour autant notre plaisir. L'homme est volontiers schizophrène, rarement un saint, et être ultra-conscient de la famine dans le monde n'a jamais empêché aucun d'entre nous de faire de temps en temps de bons repas, n'est-ce pas ?  Cynique ? Non, simplement lucide et sincère.


Pour tous ceux qui n'entravent rien au Rugby, je conseille un site où ils trouveront tous les renseignements sur les règles du jeu expliquées de manière parfaitement limpide et en vidéo. S'ils préfèrent une version écrite, allez jeter un oeil sur l'excellent blog Journal d'un avocat.


Je reviendrai bien sûr dans mes prochains posts sur cette Coupe du Monde ainsi que sur mes meilleurs souvenirs de Rugby. En attendant, admirez cet essai marqué par mon idole de jeunesse – et modèle pour le demi de mêlée que j'étais -, l'immense joueur gallois Gareth Edwards (numéro 9), ici avec les Barbarians (maillots rayés) face aux mythiques All Blacks néo-zélandais. Les nostalgiques y reconnaîtront aussi d'autres grands joueurs gallois de l'époque, Phil Bennett (numéro 10) et J.P.R. Williams, le fabuleux arrière (numéro 15).